France: Le sacrifice de Jean-Marie Le Pen ne rapportera pas de voix au FN

«La perte des quelques pour-cent du vieil électorat de Jean-Marie Le Pen doit être compensée par l’acquisition de voix centristes rendue possible par la mise à l’écart de Jean-Marie Le Pen.» Pour le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste du FN et des radicalités, le feuilleton Le Pen, qui dure depuis maintenant cinq mois, est une étape de plus vers la dédiabolisation du FN et sa stratégie de conquête du pouvoir. «La direction aimerait que jeudi, ce soit le dernier acte de Jean-Marie Le Pen. Mais avec lui, on peut s’attendre à des rappels!»

C’est aujourd’hui en effet que le président d’honneur du FN est convoqué par le bureau exécutif du parti. Les instances du FN (huit membres, parmi lesquels Marine Le Pen et Florian Philippot qui se sont récusés) devraient sanctionner Jean-Marie Le Pen pour les propos tenus dans le journal d’extrême droite Rivarol et dans différents médias. L’affaire dure déjà depuis le mois de mai, lorsque le FN avait évincé «le Menhir» de sa qualité de membre et de la présidence d’honneur. Jean-Marie Le Pen a fait des recours en justice qui lui ont donné à chaque fois raison.

Réconciliation impossible

Aussi, durant l’été, le ton n’a cessé de monter entre le père et la fille. Jean-Marie Le Pen n’a pas hésité d’ailleurs à répudier sa fille et lui renie désormais son soutien en vue de la présidentielle 2017… Selon le politologue Jean-Yves Camus, la réconciliation semble désormais impossible.

De quoi ébranler l’électorat FN? «Ce sera sans conséquences, ou alors à la marge, pour Marine Le Pen», estime Franck Briffaut, maire FN de Villers-Cotterêts qui rejoint l’analyse de la plupart des politologues. «Le FN peut survivre au départ de son fondateur. Ce n’est pas le moindre des mérites de Jean-Marie Le Pen que d’avoir créé un parti qui lui survive!» poursuit l’ex-parachutiste.

Selon lui, ce différend familial «attriste les militants qui sont respectueux du parcours de Jean-Marie Le Pen, et indulgents étant donné son âge, tout en étant compréhensifs avec la présidente qui doit faire comprendre à son père qu’il est un membre comme un autre», résume Franck Briffaut.

La marque FN est installée

Mais tout indique que Jean-Marie Le Pen veut surtout continuer à exister et ne pense pas à fonder une nouvelle formation. Deux raisons à cela. L’âge d’une part et, d’autre part, le fait que les dissidences du FN n’ont jamais été qu’un feu de paille. Le Mouvement national républicain (MNR) de Bruno Mégret, exclu en 1988, comme le Parti de la France de Carl Lang, exclu en 2009, n’ont jamais décollé.

«Au MNR, on reçoit des appels de frontistes déçus par la bagarre familiale, mais le mouvement n’est pas significatif. A mon avis, au moment de voter, les gens penseront FN davantage que Le Pen. La marque est bien installée!» estime Hubert Savon, actuel secrétaire du MNR.

Le FN sans Jean-Marie Le Pen est-il pour autant plus attrayant? Plus apte à réaliser cette grande alliance des droites? «Marine Le Pen réussit la dédiabolisation en tuant son père, mais c’est pour rien. Elle manque de personnel politique crédible. A part Philippot, personne n’a les épaules d’un ministre dans son équipe!» pense Hubert Savon.

Jean-Yves Camus arrive à la même conclusion, avec d’autres arguments: «Entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, les mots peuvent parfois se concurrencer mais pas le fond! Aucun parti n’est réellement prêt à s’allier avec lui.» Le politologue ne croit pas que cette éviction boostera le FN auprès du centre.

Par contre, le politologue est certain que Jean-Marie Le Pen, – en homme blessé et en combattant – «il aime les confrontations» – jouera l’opposant jusqu’à la dernière minute. Et notamment lors de l’université d’été à Marseille des 5 et 6 septembre. Dans ce sud, Jean-Marie Le Pen jouit d’une popularité forte qui ne s’offusque ni de ses propos aux accents antisémites ni de ses diatribes pro-Vichy. (TDG.CH)