Grande-Bretagne: Naturalisés par milliers pour survivre au «Brexit»

Sale temps pour les 2,4 millions d’Européens installés au Royaume-Uni. Selon le quotidien The Guardian, ils seraient des milliers à entamer la procédure de naturalisation pour ne pas être pris au dépourvu, l’an prochain, en cas de «oui» au référendum britannique sur la sortie de l’Union européenne. Ne sachant pas à quelle sauce ils seraient mangés et craignant d’être tout bonnement expulsés, ces immigrés du Vieux-Continent vivent dans une inquiétante incertitude depuis que le Parti conservateur de David Cameron a triomphé aux élections législatives de mai.

Le premier ministre avait en effet promis qu’en cas de victoire il organiserait un tel référendum avant la fin 2017… laissant entendre depuis lors qu’il pourrait se tenir déjà à l’automne 2016. Selon The Independant, il serait maintenant question de l’avancer au mois de juin. Le chef du gouvernement, voyant que l’Union européenne fait l’impossible pour éviter que la Grèce sorte de la zone euro, serait désormais certain d’arracher de sérieuses réformes à Bruxelles et de convaincre ses concitoyens de voter contre un «Brexit» (contraction de «British Exit»). En tout cas, il ne veut pas attendre 2017, car la donne européenne pourrait changer suite à la présidentielle française et aux élections fédérales allemandes.

Saut dans l’inconnu

Bref, le référendum étant imminent, les Européens sont de plus en plus alarmés, explique The Guardian. Lors d’une petite enquête menue sur son site Internet, le journal a reçu 1200?réponses de citoyens européens, dont une large majorité a introduit une demande de naturalisation ou songe sérieusement à entamer cette procédure. «Même si l’on s’en tient à une extrapolation extrêmement prudente de cette enquête, le résultat semble suggérer que des milliers et des milliers d’Européens font de même.» Histoire d’en finir avec l’incertitude.

Ce ne sont pas les seuls. Selon le quotidien britannique, la ruée vers la naturalisation concernerait également près de 2 millions de sujets de Sa Majesté qui vivent sur le Vieux-Continent. Leur peur: des complications à l’avenir, car suite au «Brexit» ils ne seraient plus considérés comme des citoyens de l’Union européenne.

Craintes en tout genre

Tous craignent pour leur travail, leur couverture maladie, leur accès à la sécurité sociale, leur pension de retraite… Des entrepreneurs se demandent s’il y aurait à terme des restrictions au commerce, des universitaires imaginent que certaines filières académiques leur seront barrées, des propriétaires fonciers redoutent de nouveaux impôts réservés aux étrangers… Tous se voient déjà exclus des files rapides réservées aux citoyens européens dans les aéroports. Faute de pouvoir prédire les conséquences d’un «Brexit», les pires angoisses se font jour.

Tine Juhlert, un Danois qui vit depuis vingt ans au Royaume-Uni, confie au Guardian avoir été choqué quand l’un de ses meilleurs amis, un Canadien, a reçu l’invitation à quitter le territoire britannique… au lendemain de sa remise de doctorat.

Sondages peu fiables

Bien sûr, selon les derniers sondages, les Britanniques qui veulent rester au sein de l’UE seraient plus nombreux que ceux qui souhaitent en sortir. Mais outre-Manche, plus personne ne croit les enquêtes d’opinion depuis la victoire des Tories en mai, qui a contredit absolument toutes les projections et qu’aucun institut n’avait su prédire.

Pire encore: une majorité de Britanniques ne semble pas croire qu’un «oui» au Brexit entraînera vraiment la sortie de l’Union, selon une enquête YouGov. Certains — quatre sur dix — pensent que le premier ministre organisera simplement un second référendum une fois qu’il aura obtenu de nouvelles concessions de Bruxelles. Et la plupart des personnes interrogées n’ont pas le sentiment que David Cameron en demande assez. Autant dire qu’un vote de protestation n’est jamais exclu. Les immigrés européens l’ont bien compris.

(TDG.CH)