Concert des nations – La Palestine gagne un drapeau à l’ONU, mais perd contre la FIFA

Pas à pas, l’Etat palestinien travaille à sa reconnaissance, et cette bataille passe aussi par les symboles. Ce mercredi, les Palestiniens ont célébré une victoire non négligeable lorsque leur drapeau a été hissé devant le siège de l’ONU à New York. La décision avait été prise le 10 septembre par une large majorité à l’Assemblée générale.

Beau succès, mais sur le terrain, c’est beaucoup plus compliqué pour la Palestine quand il s’agit d’asseoir sa légitimité dans le concert des nations. Même – ou surtout – quand il est question de football. Voilà en effet les Palestiniens trahis par leur meilleur allié, l’Arabie saoudite, qui refuse que son équipe nationale de foot aille jouer en Cisjordanie le match retour des poules qualificatives pour la Coupe du monde de 2018, réclamant une autre solution.

Un transit embarrassant

Riyad n’a pas fourni d’explications sur ses motivations. Mais de source palestinienne, on avance que les checkpoints israéliens effraient les Saoudiens. Le royaume wahhabite, qui officiellement n’entretient pas de relations avec Israël, ne veut surtout pas avoir à négocier ce transit, synonyme de reconnaissance implicite. Or la FIFA vient de donner raison à Riyad, privant la Palestine de son droit de jouer cette rencontre à la maison. La partie, prévue le 13 octobre, devra se dérouler sur un terrain neutre, a tranché lundi le bureau du comité d’organisation de la Coupe du monde. Probablement en Jordanie.

Les Palestiniens, qui avaient suggéré, en vain, que les Saoudiens pouvaient arriver en Cisjordanie à bord d’hélicoptères jordaniens, digèrent mal ce camouflet. Le président de la Fédération palestinienne de football, Jibril Rajoub, qualifiait mardi cette décision d’«injuste» et d’«inacceptable», accusant la FIFA d’avoir cédé à la «pression saoudienne».

Les Palestiniens se sentent non seulement lésés sportivement, car privés de match à domicile, mais aussi insultés dans leur identité. «A quoi sert-il d’avoir une Fédération palestinienne de football si tous les matches de la Palestine doivent se tenir à l’extérieur?» a lancé Jibril Rajoub. Il le jure: il fera tout pour tenter de faire annuler cette décision, pourtant annoncée comme «finale et contraignante» par la FIFA.

Les tracas des athlètes

Yoni Mendel, chercheur à l’Institut Van Leer de Jérusalem et qui a décrypté l’affaire sur le blog en hébreu «L’appel local», rappelle la dimension politique que prend tout événement sportif pour les Palestiniens. D’une part, les athlètes vivant à Gaza, y compris des footballeurs, subissent tous les tracas possibles lorsqu’il s’agit d’obtenir des autorisations de sortie pour exercer leur sport en Cisjordanie ou ailleurs. C’est la raison pour laquelle Jibril Rajoub, en mai dernier, était arrivé au congrès de la FIFA avec l’idée, finalement abandonnée, de faire voter une résolution pour exclure Israël de la fédération.

Les Palestiniens, d’ailleurs, ne manquent pas une occasion d’exploiter ces enjeux sportifs. «Ce match montre que la Palestine existe et que les Palestiniens ont le droit de vivre dans leur propre Etat indépendant», avait lancé Jibril Rajoub le 8 septembre, alors que la Palestine disputait contre les Emirats arabes unis son premier match qualificatif à domicile, joué à Jérusalem et conclu sur un 0-0.

(24 heures)