Voilà qui va mettre les traditionalistes catholiques sur les pattes arrière! Un prélat polonais occupant de hautes fonctions au Vatican a fait son coming out samedi à Rome, à la veille de l’ouverture par le pape François du très attendu synode sur la famille, qui réunit pour trois semaines plus de 300 cardinaux et évêques ainsi que 18 couples laïcs. Les participants, depuis les plus conservateurs jusqu’aux plus progressistes, doivent tenter de définir ensemble quelle attitude l’Eglise doit avoir à l’avenir face aux couples vivant hors mariage, aux divorcés voulant communier à l’église ou encore face aux homosexuels.
«Je sors du placard et j’en suis heureux.» Visiblement aux anges, Mgr Krysztof Olaf Charamsa, 43 ans, a fait son coming out samedi dans un restaurant romain, debout aux côtés de son compagnon, un Catalan prénommé Eduardo. Le prêtre polonais, théologien de surcroît, a été immédiatement démis de ses fonctions auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi, chargée justement de veiller au respect du dogme catholique. «Le cœur de l’homophobie», affirme-t-il, tout en demandant pardon pour son long silence, estimant que «le clergé est largement homosexuel et aussi, malheureusement, homophobe jusqu’à la paranoïa, car paralysé par le manque d’acceptation pour sa propre orientation sexuelle.»
“Qui suis-je pour juger?”
Mgr Charamsa a aussi remercié «notre pape fantastique qui nous a permis de croire à nouveau au dialogue». Le souverain pontife avait en effet suscité beaucoup d’espoir chez les gays en affirmant: «Si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur, fait preuve de bonne volonté, qui suis-je pour la juger?»
Visiblement, le pape François se serait bien passé des louanges du prélat polonais. Ce dimanche, en inaugurant le synode de la famille, il a réaffirmé sur un ton très sévère «l’indissolubilité» de «l’union d’amour entre l’homme et la femme», condamnant d’un même élan le divorce et la relation homosexuelle. Pour l’Argentin, l’Eglise ne doit pas renoncer à elle-même, elle doit «vivre sa mission dans la vérité, qui ne change pas selon les modes passagères et les opinions dominantes».
Bien sûr, il insiste toujours qu’il ne s’agit pas de «pointer du doigt pour juger les autres» et encore moins de rejeter ces «couples blessés». L’Eglise ne peut être qu’un «hôpital de campagne», les aidant à revenir dans le droit chemin.
Une solution “inhumaine”
Mais pour Mgr Charamsa, «il est temps que l’Eglise ouvre les yeux face aux gays croyants et comprenne que la solution qu’elle propose, à savoir l’abstinence totale et une vie sans amour, n’est pas humaine». Ainsi l’image «progressiste» du pape François est-elle mise à rude épreuve. Et la plupart des observateurs ont du mal à imaginer que ce synode débouche sur de réelles avancées. A moins d’un miracle, bien sûr. (24 heures)



