La décision de l’ancien émissaire de l’ONU pour la Libye, Bernardino Leon, d’abandonner son mandat pour rejoindre Abu Dhabi où l’attend un emploi très lucratif au sein de l’université diplomatique des Émirats arabes unis présidée par le cheikh Abdallah Bin Zayed al-Nahyane, le ministre des Affaires étrangères, n’a pas fini de faire couler de l’encre. L’homme qui devait aider les deux principales parties au conflit libyen, le Congrès général national installé à Tripoli et le gouvernement de Tobrouk internationalement reconnu, à établir un agenda et engager un processus de paix semble avoir choisi son camp.
Début novembre, Bernardino Léon a jeté l’éponge pour se mettre au service des Emirats arabes unis qui soutiennent le pouvoir libyen installé à Tobrouk. Depuis, les représentants du Congrès national, soutenus par le Qatar, le Soudan et la Turquie, crient à la trahison. «C’est une situation des plus équivoques», s’est indigné Nouri Abou Sahmein, le président du Congrès général national dans une lettre adressée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.
Le contenu des échanges de mails qu’ont pu se procurer les journalistes du Guardian est accablant. Ils mettent en lumière la proximité de l’émissaire de l’ONU avec un acteur indirect au conflit. Cinq mois après son entrée en fonction, le 31 décembre 2014, Bernardino Leon rend compte régulièrement de l’avancée des négociations au cheik Abdallah Bin Zayed al-Nahyane et l’assure porter une vision du dossier qui rejoint la sienne. Une conférence de paix, où les deux parties impliquées dans le conflit sont traitées avec équité, est, selon Bernardino Léon, la pire chose qui puisse arriver pour la Libye. «Je peux aider et contrôler le processus pendant que je suis là», assure-t-il dans l’un des mails lu par le Guardian. L’émissaire de l’ONU ajoute que son plan est de «briser une alliance très dangereuse» entre les riches marchands de Misrata et les islamistes qui maintiennent le Congrès général national à flot.
Les derniers mails tendent à accréditer le scénario d’un renvoi d’ascenseur. Avant de donner sa démission Bernardo Leon a négocié un salaire de 50 000 euros par mois pour un poste de directeur et un logement confortable. Les soupçons qui pèsent depuis sur son impartialité ont conduit le diplomate espagnol à réagir. «Avant que je ne parte, les Libyens des deux camps ont considéré ma proposition comme équitable», a-t-il rappelé. Le diplomate de 51 ans qui occupa autrefois le poste secrétaire d’État aux Affaires étrangères et de secrétaire général du premier ministre Rodriguez Zapatero prétend que ses propos ont été manipulés. Une ligne de défense qui ne convainc personne et qui n’a surtout pas dissipé l’embarras de l’ONU et des protagonistes du dossier libyen.
(TDG.ch)



