Il y a une espèce de silence et de murmure à la fois. Le silence qui pèse, c’est l’absence de bruit sur ce boulevard Voltaire fermé à la circulation et habituellement en pleine effervescence festive du week-end. Le murmure est celui des journalistes et des badauds circonscris à plus de 300 mètres du Bataclan. La salle de concert de Paris où les forces d’intervention viennent de donner l’assaut vers 1heure du matin.
Cent vingt morts sont annoncés à l’intérieur. Selon un bilan provisoire. Mais cela, on l’apprendra plus tard. Sur place, alors qu’au loin les bruits sourds se font entendre et qu’il flotte dans l’air une odeur âcre de poudre, on voit surtout les forces d’intervention et les secours s’affairer à proximité de l’entrée du Bataclan. Quelques minutes passent avant que des ambulances, toutes sirènes hurlantes, sortent de l’espace sécurisé pour foncer vers les hôpitaux.
Il est sorti fumer une cigarette
Devant un café, un témoin de l’attentat répète qu’il a eu de la chance… Il était dans la salle, mais raconte être sorti fumer une cigarette avec ses potes quand les kamikazes sont entrés. Il répète son histoire, banale mais qui lui a sans doute sauvé la vie. Ses potes ont disparu. Il ne les cherche pas vraiment. Il raconte son histoire à la multitude de journalistes présents en continuant à fumer nerveusement. Mais il ne veut pas qu’on le photographie et ne veut pas donner son nom. Son état de choc est patent! Il témoigne de sa sincérité.
Quelques minutes plus tard, des autobus vides pénètrent dans l’espace sécurisé. Ils viennent évacuer les survivants de ce carnage. Le Bataclan était plein à craquer: 1500 personnes. Dans les 10e et 11 arrondissements, où ont eu lieu les autres attaques de cette nuit de terreur terroriste, Paris est une ville en guerre. Ou à quelque chose qui ressemble à l’étrangeté de la peur et de l’incompréhension.
Une nuit de folie terroriste
Les Métro sont fermés. Les rares taxis sont pris d’assaut. Les terrasses sont désertes. Autour de la place de la République, fermée et blindée de CRS, dans les rues adjacentes de rares bars de nuits sont encore ouverts mais la plupart ont descendu leur rideau de fer à mi-hauteur. Des gyrophares de voiture de police strient cette demi-nuit parisienne.
Près de la Gare du Nord, plus tard, on croise Paul et son fils Lucas. La trentaine dans un maillot de l’équipe de France et le fiston de 10 ans qui ne lâche pas son fanion des Bleus. Ils vérifient deux fois que le Métro est bien fermé. Tout à l’heure, ils étaient au Stade de France, à Saint-Denis. Ils sont Picard, ils sont fatigués et cherchent encore à rejoindre leur hôtel côté place d’Italie. Ils sont évidemment bouleversés. Surtout le père qui sait que la fête que représentait «aller voir les Bleus!» a failli se transformer en drame.
«Ici, c’est Paris!» dit Paul, amère, en prenant congé. Paris, et la France, viennent de vivre une nuit de folie terroriste sans précédent. (nxp)



