Le sursaut de quatre millions de Français barre la voie au FN

Finalement, le Front national n’emporte aucune des treize régions alors qu’il était en tête de six d’entre elles dimanche dernier. Au soir de ce 2e tour des élections régionales, c’est une défaite toute relative pour le parti de Marine Le Pen, puisque le FN va compter quelque 300 conseillers régionaux de plus et poursuit ainsi son implantation locale. Scrutin après scrutin, le parti progresse et confirme, hier encore par ce nouveau résultat, le tripartisme en France. Au plan national, cela donne le Parti socialiste (PS) et ses alliés à 35%; Les Républicains (LR) et leurs alliés à 35% et le FN à 30%. Contre 9,17% en 2010.

«Le FN sera désormais la première formation politique d’opposition dans la plupart des régions!» a lancé Marine Le Pen lors d’une courte élocution qui dénonce «un régime à l’agonie». La présidente du FN fustige encore l’hostilité de la classe politique à son encontre. Et notamment celle du premier ministre «possédé par ses emportements et qui a engagé une campagne de calomnie décidée dans les palais dorés de la République». De quoi souligner encore le récit habituel de la connivence de «l’UMPS».

L’événement de ce deuxième tour de scrutin, c’est aussi la hausse de la participation (58,2%). Plus huit points d’augmentation de votants entre les deux tours, il faut remonter à la présidentielle de 2002 pour voir un tel phénomène. Le point commun, c’est évidemment «faire barrage au FN», un mot d’ordre répété comme un leitmotiv durant la semaine. Dans les faits, cela signifie que quatre millions de Français de plus sont allés voter. Le chiffre du sursaut citoyen est impressionnant.

Le PS limite la casse… Ainsi, les deux régions plus particulièrement scrutées, Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) et Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ont échappé à Marine Le Pen et à Marion Maréchal-Le Pen. Dans le nord, le Républicain Xavier Bertrand, avec 58% des suffrages, profite pleinement du désistement de la gauche. Marine Le Pen, elle, ne progresse que légèrement avec son 42%. Dans le sud, Christian Estrosi (56%) – aussi avec un désistement socialiste en sa faveur – réussit à devancer Marion Maréchal-Le Pen qui pointe tout de même à 45%.

En Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (Grand Est), le candidat socialiste est resté dans la course. Cette triangulaire rendait le scrutin favorable au frontiste Florian Philippot. Mais le vice-président du FN n’améliore pas son score du 1er tour: 36,5%. C’est encore la tête de liste de l’union de la droite Philippe Richert qui a rattrapé onze points et finit en tête avec 47,6%. Le rebelle socialiste Jean-Pierre Masseret réitère son score de 16%.

Paris région passe à droite

Au final, la gauche garde cinq régions (voir la carte). Un résultat inespéré il y a peu: les socialistes, en effet, craignaient de tout perdre cette année… alors que jadis ils contrôlaient vingt des 21 anciennes régions! C’est un soulagement donc pour les élus socialistes, que le premier ministre Manuel Valls a commenté: «Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté!» Mais la gauche perd néanmoins une région à haute teneur symbolique: l’Ile-de-France. Paris et sa région repartent à droite après dix-sept ans de socialisme. Mais la «victoire morale du PS», pas de région FN notamment grâce au retrait des listes socialistes dans deux régions en faveur de leurs vieux ennemis de la droite, ravive les dissensions au sein du PS. Les prochains bureaux politiques s’annoncent houleux.

L’union de la droite, elle, engrange sept régions. C’est évidemment un succès. Elle n’en avait qu’une. Aussi désormais sont à droite le Pays de la Loire, la Normandie, le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le Grand Est, l’Auvergne-Rhône-Alpes, la PACA et… l’Ile-de-France. Le parti présidé par Nicolas Sarkozy peut ainsi se targuer de quelques belles prises (Paris, Lyon et leur région), mais la victoire est en demi-teinte. Et le président du parti a promis de tirer les enseignements de ce scrutin. Là encore les réunions politiques seront animées du côté des Républicains et de leurs alliés. Car l’indéniable progression du FN a ébranlé bien des certitudes.

Xavier Bertrand en héros de la droite

Par Jean-Noël Cuénod Paris Xavier Bertrand prend de l’épaisseur. Non pas en raison de sa silhouette replète mais à cause de son triomphe dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. C’est lui qui a terrassé la cheffe du Front national Marine Le Pen. Elle avait 15 points d’avance au premier tour. Elle a pris 15 points de retard au second.

Xavier Bertrand, candidat du parti Les Républicains (LR) qui a fait campagne sous la bannière du gaullisme social, a profité pleinement du «Front républicain» décrété par le président socialiste François Hollande et surtout son premier ministre Manuel Valls. Sans l’apport massif des électeurs socialistes, mais aussi de ceux du Front de Gauche, du Parti communiste, des Verts, l’ancien ministre du Travail de Nicolas Sarkozy n’aurait jamais pu l’emporter.

Il s’est tissé autour du nouveau président de la région Nord-Picardie de nombreux réseaux denses et de provenances diverses qu’il compte bien utiliser pour régler ses comptes, en premier lieu avec le patron de son parti, Nicolas Sarkozy, qui ne lui a pas facilité la tâche entre les deux tours en attaquant la gauche avec virulence.

Le regard sombre et nullement triomphateur, Xavier Bertrand avertit sans le nommer l’ex-président de la République: «Ici, nous avons stoppé la progression du Front national.» Et ajoute: «Ce que j’ai vécu durant ma campagne m’a profondément marqué. Cela changera à jamais ma façon de faire de la politique.» Le «petit assureur médiocre» moqué par Sarkozy a pris de l’assurance!

Ce lundi, le bureau politique du parti LR se réunit. Pas pour tresser des couronnes à son président. Pour Nicolas Sarkozy, ces élections se concluent par un échec à tous points de vue. Alors que cette formation de la droite devait tout rafler ou presque, LR a dû céder cinq régions au Parti socialiste qui semblait à l’agonie. Certes, la victoire de Valérie Pécresse en Ile-de-France, après dix-sept ans de gestion socialiste, sera brandie comme un étendard. Cela dit, Sarkozy n’a pas cessé de combattre le «Front républicain», alors que son parti n’a dû sa victoire dans trois régions qu’aux électeurs de gauche.

Alain Juppé, le rival No 1 de Sarkozy au sein de LR, ainsi que François Fillon (renforcé par la victoire de son alliée Valérie Pécresse) et Bruno Le Maire, autres adversaires de l’ex-président de la République, s’étaient tenus sur la réserve en attendant le second tour. Ils vont dénoncer la politique très droitiste de Sarkozy, rejoints par un troisième homme qui a pris du galon, Xavier Bertrand.

(TDG.CH)