Allemagne: Angela Merkel sommée de se justifier devant les siens

Le parti conservateur fait-il encore confiance à Angela Merkel? La chancelière allemande va-t-elle être confrontée à une fronde interne qui mettra un terme à sa politique d’ouverture envers les réfugiés? Le magazine américain Time a beau l’avoir nommée «personnalité de l’année 2015», sa cote de popularité vacille parmi les siens. La grogne monte dans les rangs de l’Union chrétienne démocrate (CDU) contre sa politique humanitaire, alors que plus d’un million de demandeurs d’asile sont arrivés cette année chez nos voisins d’outre-Rhin.

Pour la première fois depuis le début de cette «crise des migrants», les délégués du parti ont la possibilité de dire à leur chancelière ce qu’ils pensent de sa politique humanitaire lors de leur congrès qui se tient actuellement à Karlsruhe de dimanche à mardi.

Certes, Merkel ne doit pas remettre en jeu son mandat de présidente. Mais ce congrès constitue un risque pour sa carrière politique car il servira d’exutoire à de nombreux militants qui ne partagent pas du tout sa vision de la «culture de l’accueil» (Willkommenskultur) et réclament une «limite supérieure» (Obergrenze) des arrivées. Certains demandent même la fermeture complète des frontières au sud afin de mettre la pression sur les autres membres de l’Union européenne (UE) qui ne jouent pas le jeu de la solidarité.

La menace populiste

La chancelière continue de réfuter tous ces arguments. Elle refuse la «limite supérieure» pour les demandeurs d’asile, un terme trop «symbolique» qui ne peut pas se concrétiser aux frontières. Elle répète également qu’elle est opposée au «cloisonnement de l’Europe», une solution qui n’a «pas d’avenir».

Le ministre-président de Saxe-Anhalt (ex-RDA) ne comprend pas cet entêtement. Reiner Haseloff (CDU) craint déjà une percée de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) aux élections régionales de l’année prochaine dans son propre Land (en mars) mais aussi au Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat. Pour sortir de l’insignifiance, le parti populiste a décidé de surfer sur le thème des migrants. Il est crédité de 16% à l’est, dans l’ex-RDA. «Nous ne devons en aucun cas abandonner le terrain à ce genre de mouvement ou à Pegida (ndlr: mouvement anti-islam et ultraxénophobe concentré à Dresde)», insiste-t-il.

Reiner Haseloff n’est pas le seul à le dire. Le mouvement des jeunes conservateurs (Junge Union) a menacé Merkel de présenter une motion en faveur de cette «limite supérieure» qui obsède toute une partie de la droite allemande. «L’accueil a des limites», insiste le président du mouvement Paul Ziemiak. «Il nous faut une réponse allemande si l’Europe continue à échouer», a ajouté Carsten Linnemann, président de l’organisation représentant les entreprises chez les conservateurs (MIT).

Le congrès accueillera également le plus perfide des détracteurs d’Angela Merkel: le patron de la branche bavaroise et ultraconservatrice du parti, l’Union chrétienne-sociale (CSU), qui prendra la parole devant les délégués. Humiliée en Bavière

Début novembre, Horst Seehofer avait humilié publiquement la chancelière lors du congrès de la CSU à Munich. Merkel était là, sur le podium à côté de lui. Elle s’était fait rabrouer comme une pauvre écolière ayant obtenu de mauvaises notes. Le visage de la chancelière s’était décomposé devant les caméras.

Le congrès doit approuver une motion fixant la stratégie de Merkel sur la question des migrations (plus de solidarité européenne, protection des frontières de l’UE et soutien de la Turquie dans l’accueil des réfugiés). Le résultat de ce vote permettra de juger le niveau du soutien de la chancelière au sein du parti. Et de la suite de sa carrière politique. (TDG.CH)