Ambassade saoudienne attaquée: 40 arrestations

L’Arabie saoudite a exécuté samedi 47 «terroristes», dont le chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr, figure de la contestation contre le régime. Ces exécutions ont suscité l’indignation dans le monde chiite et une crise diplomatique avec Téhéran.

Samedi soir, des manifestants ont lancé des cocktails Molotov contre l’ambassade d’Arabie à Téhéran, incendiant une partie du bâtiment dans lequel ils ont pénétré avant d’être chassés par la police. «Le feu a détruit l’intérieur de l’ambassade», a déclaré un témoin sur place. A Machhad (nord-est), seconde ville d’Iran, des manifestants ont également attaqué et incendié le consulat saoudien.

Dimanche matin, le procureur de Téhéran a annoncé l’arrestation de 40 manifestants. «Jusque-là, 40 personnes qui se sont introduites à l’intérieur de l’ambassade ont été identifiées et arrêtées. L’enquête se poursuit pour identifier les autres responsables de cet incident», a déclaré le procureur, Abbas Jafari Dolatabadi, cité par l’agence Isna.

Colère de l’Iran

Les protestations les plus fortes sont venues d’Iran, puissance chiite, qui a averti que Ryad paierait «un prix élevé» pour l’exécution du cheikh Nimr. Des appels à manifester ont été lancés pour dimanche. De son côté, Washington s’est dit inquiet que les «tensions communautaires» en Arabie ne «s’exacerbent à un moment où il est urgent de les apaiser».

La «main divine» vengera l’exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr, a affirmé dimanche le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. «Sans aucun doute, le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens», a déclaré l’ayatollah Khamenei, lors d’un discours devant des religieux, a rapporté son site officiel.

«Ce savant opprimé n’a ni encouragé les gens à prendre les armes ni comploté de manière secrète, il a seulement porté ouvertement des critiques», a ajouté M. Khamenei. «Dieu ne pardonnera pas le sang versé de cet innocent», a-t-il martelé.

«Ingérence flagrante»

Le ministère saoudien des Affaires étrangères avait convoqué quelques heures plus tôt l’ambassadeur d’Iran pour protester contre «les déclarations agressives» de Téhéran. Il a estimé qu’elles représentent «une flagrante ingérence dans les affaires du royaume».

Peu après, Ryad a accusé l’Iran, pays «sans vergogne», de «fulminer au sujet des droits de l’Homme» alors que Téhéran mène des exécutions «sans cadre légal clair» et est bien «le dernier à pouvoir accuser d’autres de soutenir le terrorisme».

Exécutés au sabre

Les condamnés – 45 Saoudiens, un Egyptien, un Tchadien -, jugés pour différentes affaires, ont été exécutés au sabre ou par balles dans douze villes du royaume. La plupart étaient des djihadistes du groupe Al-Qaïda.

Après l’exécution du cheikh Nimr, quelques centaines d’hommes et de femmes ont manifesté en Arabie saoudite dans la ville à majorité chiite de Qatif (est). Ils arboraient des portraits du dignitaire chiite.

A Bahreïn, la police a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants chiites. En Irak, des centaines de personnes ont manifesté leur colère dans la ville sainte chiite de Kerbala (centre).

Au Yémen, où l’Arabie saoudite dirige une coalition militaire contre les rebelles chiites, l’association de théologiens liée aux rebelles a condamné l’exécution et prévenu d’«une révolution écrasante». Le mouvement chiite libanais Hezbollah a dénoncé «un crime haineux perpétré sur la base de fausse allégations».

Figure de la contestation

Le cheikh Nimr al-Nimr était âgé de 56 ans. Il était un virulent critique de la dynastie sunnite des Al-Saoud, a été la figure de proue du mouvement de contestation qui avait éclaté en 2011, dans la foulée des printemps arabes, dans l’est de l’Arabie où vit l’essentiel de la minorité chiite.

Cette communauté, concentrée dans la province orientale riche en pétrole, se plaint d’être marginalisée dans ce pays majoritairement sunnite.

«Procès inique»

L’exécution du cheikh Nimr «provoquera la colère des jeunes» chiites en Arabie saoudite, a mis en garde son frère, Mohammed al-Nimr. «Il y aura des réactions négatives à l’intérieur du royaume et à l’étranger mais nous espérons qu’elles seront pacifiques».

Le cheikh Nimr avait été condamné à mort en octobre 2014 pour «terrorisme», «sédition», «désobéissance au souverain» et «port d’armes» par un tribunal de Ryad. L’ONG Amnesty International avait dénoncé un «procès inique». Son arrestation en juillet 2012 avait déjà provoqué de violentes manifestations.

«Tensions sectaires»

Pour Philip Luther, directeur d’Amnesty pour le Moyen-Orient, son exécution «suggère» que les autorités saoudiennes «utilisent les exécutions pour régler des comptes politiques (…) sous couvert de lutte contre le terrorisme».

Pour la cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini, «ce cas a le potentiel d’enflammer un peu plus les tensions sectaires qui font déjà beaucoup de dégâts dans la région».

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s’est dit «consterné» par l’exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr an Nimr et de 46 autres personnes en Arabie saoudite. Il a appelé au calme et à la retenue. (ats/nxp)