Crimes de Boko Haram – Fille kamikaze au Nigeria: «Je savais que j’allais exploser»

On ne connaît pas son nom, ni son âge, on sait simplement qu’il s’agit d’une adolescente. Elle est l’une des nombreuses filles que Boko Haram utilise de plus en plus pour commettre ses crimes les plus atroces. Mercredi, équipée d’explosifs, elle avait donc pour tâche se faire exploser au beau milieu du camp de réfugiés de Dikwa, situé dans le nord-est du Nigeria. L’attentat a bien eu lieu, faisant 60 victimes, car deux de ses camarades ont exécuté l’ordre. Elle, au dernier moment, y a renoncé.

Son témoignage, récolté dans les heures qui ont suivi par les enquêteurs, met en lumière l’emprise sous laquelle se trouvent ces jeunes filles envoyées à la mort. «Elle a dit qu’elle était effrayée parce qu’elle savait qu’elle allait tuer des gens. Mais elle était tout aussi effrayée à l’idée de trahir les instructions données par l’homme qui l’a amenée au camp», a dit à l’agence Associated Press l’une des personnes qui l’a interrogée. Selon les forces de sécurité, elle aurait aussi stoppé son action car elle craignait de tuer son père, présent dans le camp de réfugiés de Dikwa. C’est là que vivent 50 000 personnes qui ont précisément fui les violences de Boko Haram.

L’humiliation ou la mort

Selon son récit, elle était détenue depuis des mois par Boko Haram. On le sait, la capture de jeunes femmes est un des pans de la stratégie de terreur du groupe islamiste. La plupart des experts s’accordent à dire que nombre de jeunes femmes sont réduites à l’état d’esclavage sexuel, ce qui les rend d’autant plus manipulables. «Les jeunes filles ayant subi l’humiliation du viol, qui les met au ban de la société, n’ont d’autre option que de devenir des bombes humaines», avance Mia Bloom, professeur au Centre pour les études sur la sécurité et le terrorisme à l’Université de Massachusetts-Lowell, citée par l’ONG Clarion Project, observatrice de l’extrémisme islamiste. Les codes de la société nigériane rendent également plus difficile l’exercice des contrôles de sécurité à l’égard des femmes, réalité que le groupe terroriste ne manque pas d’exploiter.

En l’espace de six ans, Boko Haram est devenu le groupe terroriste le plus meurtrier de la planète, avec 20 000 morts à son actifs. On lui doit aussi 2,5 millions de personnes déplacées. Ces islamistes ont fait allégeance à Daech en mars 2015. L’an dernier, plusieurs attentats commis par de très jeunes filles ont marqué les esprits. Elles n’ont souvent que 10, 11 ans. Et parfois moins. En février 2015, une fillette de 7 ans, munie d’une ceinture d’explosifs télécommandée à distance, avait explosé sur un marché bondé de Potiskum, la capitale économique de l’Etat de Yobe, dans le nord est du Nigeria.

(TDG)