Des parlementaires italiens jugés paresseux

Les parlementaires italiens sont des tire-au-flanc. Ce n’est pas nous qui l’affirmons mais l’ancien président de la République, Giorgio Napolitano. La colère du politicien, devenu sénateur à vie à la fin de son mandat présidentiel, a été provoquée par l’interruption au bout d’une heure et demie des travaux de la commission des affaires étrangères du sénat qui était censée se pencher sur des dossiers aussi complexes que l’intégration européenne, la crise des migrants et l’assassinat d’un jeune chercheur italien en Egypte.

L’ancien président a exhorté les élus à consacrer des «horaires décents» aux commissions où se produit l’essentiel de l’activité législative. Dans sa philippique, il avait également regretté que les élus ne consacrent «qu’une trentaine d’heures par semaine au travail parlementaire». Hélas, l’ancien président était loin du compte.

Les députés et sénateurs transalpins jouissent de 78 jours féries, dont 42 pour les seules vacances d’été. Mais la tradition veut que leur semaine de parlementaire commence le mardi et se termine le jeudi, le plus souvent en fin de matinée. Ainsi, en 2015, les députés se sont réunis 186 fois, sur 254 jours ouvrables, et travaillé 1077 heures. Une moyenne de 4 heures et 20 minutes par jour ouvrable. Les sénateurs ont fait pire: 2 heures et 57 minutes par jour ouvrable.

Une comptabilité qui ne tient pas compte de l’absentéisme. Dans ce domaine, avec respectivement des taux d’absentéisme de 99,4% et 99%, les sénateurs Antonio Angelucci et Niccolo Ghedini partagent la palme d’or. A sa décharge, Niccolo Ghedini a une vie professionnelle bien remplie puisqu’il est l’avocat de Silvio Berlusconi.

Mais un autre reproche est fait aux élus transalpins: le transformisme politique. Depuis le début de la législature en mars 2013, 336 sénateurs et députés, sur un total de 945, ont changé de parti politique. Plus de 1 sur 3, 10 par mois. Dans la catégorie «transformiste», le vainqueur est… le sénateur Luigi Campagna qui a changé 5 fois de parti politique. Si l’article 67 de la constitution ne lie pas un parlementaire à la formation dans laquelle il a été élu, nul ne peut nier que le nomadisme politique – également surnommé «marché aux vaches» – pour les soupçons de tractations financières est une trahison du mandat populaire. Quant à la stabilité gouvernementale, c’est une roulette russe.

Aucun parti n’est épargné par ce phénomène. Ainsi, le Mouvement 5 étoiles (M5S), qui était censé représenter l’avènement d’une classe politique jeune et idéaliste, a perdu 37 élus en moins de trois ans. Beppe Grillo, fondateur de M5S, a donc décidé de passer à la manière forte. Tous les candidats qui se présenteront aux prochaines élections administratives sous les couleurs du M5S devront signer devant un notaire un contrat dans lequel ils s’engageront, s’ils sont élus, à ne pas changer de parti politique sous peine d’une amende 150 000 euros.

Si tous les partis politiques avaient appliqué cette règle depuis le début de la législature, les élus transformistes auraient dû débourser… 50 400 000 euros. (TDG)