Présidentielle américaine: Le débat entre Clinton et Trump a été tendu

Echanges musclés, ambiance électrique: le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump a donné lieu à un affrontement tendu, parfois confus, à six semaines d’une élection présidentielle américaine à l’issue totalement indécise. La rencontre était modérée par le journaliste de NBC News Lester Holt.

Le débat organisé à l’université Hofstra, près de New York, d’une durée de 90 minutes, était divisé en trois thèmes (économie, vision du pays, sécurité). Et sur tous les sujets, chaque candidat a accusé l’autre de déformer les faits et invité les téléspectateurs à vérifier ses propos sur internet. L’une appelait son rival «Donald», l’autre «secrétaire Clinton».

Dès la première question, centrée sur les inégalités aux Etats-Unis, les deux prétendants à la Maison Blanche au parcours et au style radicalement différents se sont écharpés. «Nous perdons nos bons emplois, ils vont au Mexique, dans beaucoup d’autres pays. Je ferai revenir nos emplois, vous ne pouvez pas le faire», a lancé le candidat républicain, très offensif sur le fond mais un peu plus posé qu’à l’habitude sur la forme.

«Donald, vous vivez dans un monde à part», a rétorqué avec calme l’ancienne Première dame, ancienne sénatrice et ancienne secrétaire d’Etat, qui aspire à devenir la première présidente des Etats-Unis.

Ruissellement

Sur l’économie, Hillary Clinton a attaqué la politique fiscale de son adversaire, qui prône une baisse d’impôts massive. «Ce que propose Donald, c’est une économie du ruissellement à nouveau», a déclaré Hillary Clinton par allusion à la théorie voulant que les revenus des plus riches profitent à l’ensemble de l’économie. Je l’appelle le ruissellement truqué («trumped-up»)», a dit l’ex-secrétaire d’Etat, vêtue d’un tailleur rouge.

Son adversaire, costume sombre et cravate bleue, a contre-attaqué sur les accords de libre-échange défendus par Hillary Clinton, l’accusant d’avoir l’intention d’approuver le Partenariat transpacifique tout en feignant de s’y opposer. «Nous devons empêcher que l’on nous vole nos emplois», a déclaré le magnat de l’immobilier.

«J’ai le sentiment que je vais être jugée responsable de tout», a plaisanté Hillary Clinton, ce à quoi son adversaire a rétorqué: «Pourquoi pas?»

Entre mails et impôts

Interrompant régulièrement sa rivale, le magnat de l’immobilier a mis en cause cette dernière sur l’utilisation de sa messagerie privée lorsqu’elle dirigeait la diplomatie américaine. «C’était plus qu’une erreur (…) ce pays pense que c’est une honte», a-t-il asséné.

En retour, cette dernière s’est longuement attardée sur le refus obstiné du républicain de publier sa déclaration d’impôts. «Il cache quelque chose, a lancé la candidate démocrate, rappelant que tous les candidats à la Maison Blanche depuis 40 ans avaient diffusé leurs déclarations d’impôts.

Elle a également souligné que les quelques documents publiés montraient qu’en dépit de sa richesse, Donald Trump n’avait jamais payé d’impôt fédéral. «Cela prouve que je suis malin», a répondu Donald Trump. Il a également promis qu’il publierait ses déclarations d’impôts quand l’ex-secrétaire d’Etat publierait tous les courriers électroniques envoyés depuis sa messagerie privée lorsqu’elle était au département d’Etat, entre 2009 et 2013.

L’ancienne cheffe de la diplomatie a aussi accusé son rival d’avoir bâti sa carrière politique sur un «mensonge raciste» mettant en doute la nationalité américaine du président Barack Obama.

Style

Ce débat a d’abord été celui d’une opposition de style. «Oui, je me suis préparée pour ce débat et je me suis aussi préparée pour la présidence et je pense que c’est une bonne chance», a lâché la candidate dans un sourire, dans une pique à celui qui assure mettre inlassablement en avant sa spontanéité et son franc-parler.

Donald Trump «est un débatteur naturel. Il a des dons et des compétences qui échappent parfois à des politiciens traditionnels», avait commenté avant le débat sa directrice de campagne Kellyanne Conway.

Présents à l’université Hofstra, Bill Clinton et Chelsea, la fille unique du couple Clinton, les quatre enfants adultes de Donald Trump, et son épouse Melania.

Hillary Clinton, qui veut gouverner dans la continuité du président Obama, peine à connecter et à convaincre de son honnêteté. Donald Trump, qui se présente comme l’homme du changement contre l’establishment, a lui hérissé de nombreux Américains avec ses attaques contre les femmes, les musulmans, les Mexicains, et son comportement volontiers agressif.

Deux autres débats présidentiels sont prévus les 9 et 19 octobre.

(nxp/ats)