Attentats de Paris: Les terroristes ont eu besoin de 108’000 euros

Le Centre d’analyse du terrorisme (CAT), think tank européen, a passé au crible les dépenses des terroristes de janvier et novembre 2015 pour mieux comprendre comment Amédy Coulibaly, les frères Kouachi et les commandos de novembre avaient pu mener à bien leurs opérations macabres.

Les attentats de janvier à «Charlie Hebdo» et à l’Hyper Cacher ont coûté 26’000 euros contre plus du triple (82’000 euros) pour les attaques des terrasses et du Bataclan. Si les frères Kouachi et Amédy Coulibaly se sont plutôt débrouillés par eux-mêmes pour rassembler les fonds (fraudes au crédit à la consommation, commerce illicite, voir encadré), les terroristes de novembre ont été quasiment intégralement financés par l’EI (plus certains fonds personnels, par exemple ceux de la vente du bar des frères Abdeslam à Molenbeek).

En janvier, les terroristes résidant en France, le poste de dépenses le plus important, voire quasiment le seul a été celui de l’armement (21’000 euros soit 80% du budget), loin devant l’achat de véhicules (2500 euros) et les communications téléphoniques (2000 euros). À l’inverse, les déplacements, la location de logements et de véhicules a coûté 58’000 euros pour les attentats de novembre, soit 70% du budget total contre moins de 20% pour l’armement.

Cartes bancaires rechargeables et cartes SIM prépayées

Comment les terroristes sont-ils parvenus à effectuer des transactions rapides et discrètes? Le CAT pointe du doigt les sociétés de transfert d’argent et les cartes bancaires prépayées rechargeables qui permettent de transférer de façon anonyme des sommes jusqu’à 2500 euros sans qu’aucune pièce d’identité ne soit demandée. Les terroristes disposent ensuite du cash nécessaire. C’est ainsi qu’Amédy Coulibaly a loué un appartement à Gentilly et que Salah Abdeslam, un des principaux logisticiens des attentats du 13 novembre, a pu louer de nombreux appartements et de nombreuses voitures.

Cartes bancaires qui permettent également d’activer les cartes SIM prépayées, enregistrées sous un faux nom, utilisées par les terroristes pour communiquer. Ainsi, entre septembre 2014 et janvier 2015, pas moins de 13 lignes téléphoniques mobiles étaient attribuées à Amédy Coulibaly. Quand Salah Abdeslam cherche à fuir Paris après les attentats, il achète tout simplement un GSM et une carte SIM dans un magasin parisien pour qu’on vienne le chercher. Des efforts ont été faits dans ce domaine: la Belgique, l’Allemagne et même le Luxembourg ont ainsi interdit l’anonymat pour l’achat de ces cartes SIM. Des mesures «inutiles si les terroristes peuvent s’en procurer en France», note le CAT. «Seule une harmonisation au niveau européen des mesures adoptées dans le cadre de la lutte contre le terrorisme se révélera véritablement efficace.»

(mc/20 minutes)