[ENTRETIEN AVEC…] Yaya Sall, président du Collectif des producteurs de bananes de Tambacounda (Corprobat)

 

 

Le gel des importations de la banane est une excellente mesure, a martelé, le fils de Mamadou Oumar Sall, roi de la banane. Pour Yaya Sall, directeur de la filière agricole du groupe Yelitaré et par ailleurs, président du Collectif des producteurs de bananes de Tambacounda (Corprobat), il faut que les consommateurs et les importateurs du produit sachent raison garder. Les producteurs pourront couvrir les besoins du marché. Déjà, les prévisions pour ces trois mois à venir sont de loin très au delà des besoins du marché. Il est attendu 45 mille tonnes durant ces trois mois à venir au moment où, le besoin du marché est évalué à moins de 40 mille tonnes. La mesure n’a pas été prise ex-nihilo, a martelé, le directeur de la filière agricole du groupe Yelitaré du roi Mamadou Oumar Sall. Des études et des rencontres préalables ont été faites par le ministère et la direction de l’agence de régulation des marchés qui a bien mené des missions sur le terrain.
1) La mesure du gel de l’importation de la banane est devenue effective. Êtes-vous toujours dans les dispositions de garantir un approvisionnement correct du marché durant les 3 mois?
Nous commençons par rendre grâce à Allah. Nous remercions les ministres de l’agriculture et du commerce et surtout la direction de l’agence de la régulation des marchés. Elle a su se déplacer jusque dans les plantations pour y effectuer des missions de terrain, constater de visu les choses pour pouvoir mieux motiver ses décisions. Ce qui lui a surtout permis de rencontrer les producteurs et voir la qualité des productions. Pour aboutir à la prise de la décision du gel des importations pendant trois mois. C’est une décision majeure et historique pour le Sénégal et surtout pour l’économie de façon générale. Il faut rappeler que durant cette décennie, il a été noté une baisse des importations de la banane. Au même moment, la production locale est en nette hausse. En 2020, les importations avoisinaient les 60.000 tonnes. En 2024 elles n’étaient que de moins de 30 mille tonnes. Une baisse de plus de 30 mille tonnes est notée en moins de 4 ans dans l’importation. Ce qui en dit long sur la dynamique de la production locale. Tout cela fait que la mesure prise par les autorités du pays de geler les importations, est légitime et bien motivée. Nous disons avec beaucoup d’assurance que le marché national sera correctement approvisionné. Nous nous inquiétons beaucoup plus de comment écouler la surproduction mais pas de rupture de stocks.
2) Pourtant, les gens craignent que vous ne parveniez pas à satisfaire la demande nationale qui est estimée à près de 40 mille tonnes durant les trois mois.
Ils ont tout intérêt à savoir raison garder. Actuellement, les besoins en bananes du marché national sont évalués à un peu moins de 40 mille tonnes durant la période du gel des importations. Au même moment, les productions nationales sont tablées à un peu plus de 45 mille tonnes. Donc, il n’y a pas de quoi s’alarmer. Tout au contraire, il faut saluer le courage et la volonté des autorités du pays pour avoir pris une mesure historique. Au delà de tout, la mesure protège l’économie nationale et les acteurs de la filière. La mesure est historique. Entre décembre et janvier, les producteurs avaient emblavé plus de 1.000 hectares. Ce qui va permettre la récolte de 45 mille tonnes compte non tenu de la production des anciennes plantations. Ce qui fait que cumulé, l’on peut facilement flirter avec les 60 mille tonnes de bananes. De loin supérieur à la demande nationale. Aujourd’hui, c’est comment arriver à écouler le surplus de production qui taraude beaucoup plus les esprits des producteurs. La satisfaction du marché national n’est plus un soucis. Que ceux-là qui doutent encore des possibilités des producteurs soient rassurés. Des bananes sont même en train de mûrir dans les plantations faute d’acquéreurs. Il suffit de voir les plantations et les installations pour se rendre compte qu’il n’y aura aucun soucis d’approvisionnement. Des bananes en quantité et en qualité vont inonder le marché.
3) Quelles sont aujourd’hui les estimations des producteurs durant la période du gel ?
La production nationale pour 2025 est estimée à 112 mille tonnes. Rien que durant les trois mois du gel des importations, il est attendu 45 mille tonnes de bananes. Ce qui est rassurant. Quand on y enlève les pertes post récolte, on pourra valablement approvisionné le marché à plus de 90%. Avec l’accompagnement de l’État qui a déjà montré la voie par un soutien conséquent de la direction de l’horticulture et de la direction de l’agriculture qui ont fourni des intrants de qualité, l’on peut espérer une autosuffisance pour bientôt. Avant 2027, même. Déjà, avec l’engagement des producteurs de Tambacounda, de Ndiandane, de Médina Yoro Foula, de Sedhiou et de vélingara, c’est d’importants atouts pour le secteur. Ils sont tous déterminés à relever le défi.
4) Qu’en est-il du besoin des importateurs. Pourrez-vous satisfaire leurs 500 tonnes ? 
Ils nous demandent une fourniture de 500 tonnes par semaine. C’est plus que possible. Ce qu’ils veulent est réalisable. Nous avons commencé ce lundi par leur fournir 100 tonnes. Nous avons réitéré la même opération, le mardi. Au rythme où vont les choses, nous pensons aller au delà de leurs besoins. C’est à dire fournir jusqu’à 700 tonnes par semaine. Eux aussi n’ont pas à s’inquiéter. La situation est maîtrisée. Ils auront leur quota.
5) Vous avez tenu récemment une rencontre où tous les producteurs du pays étaient conviés. Il s’agissait de quoi ? 
C’est le roi de la banane, Mamadou Oumar Sall qui avait initié la rencontre. C’était à Madina Afia, dans le département de Vélingara. La mesure de geler les importations prise par les autorités appelait à des concertations nationales. Il fallait qu’on planche sur la question. Voir comment satisfaire le marché, comment fournir des produits de qualité et comment garantir aux importateurs leurs quotas, entre autres sujets évoqués. C’était quasiment l’objet de la rencontre. Heureusement, tous les producteurs ont dit saluer la mesure et prêt à travailler pour satisfaire le marché. Et surtout montrer aux autorités qu’elles peuvent compter sur ses producteurs. De Ndiandane dans le Podor en passant par Sedhiou et autres Médina Yoro Foula jusqu’à Tambacounda et Vélingara, toutes les organisations de producteurs étaient représentées.
6) Que faut-il aujourd’hui, pour arriver à une autosuffisance complète ? 
Il s’agit d’accompagner toute la chaîne de production. Depuis les plantations jusqu’à la commercialisation, il faut que l’État continue d’accompagner le secteur. Les producteurs sont là, décidés et engagés à porter le combat. Il faut des intrants de qualité, renforcer le parc automobile avec de nouveaux camions frigorifiques, refaire les routes, moderniser les aménagements et surtout mettre à la disposition des producteurs les terres.
Par Abdoulaye Fall