Tambacounda : d’anciennes exciseuses formées et soutenues pour tourner définitivement le dos à l’excision

 

L’Association pour la promotion féminine de Gawa (APF-G), membre du Réseau ouest-africain des associations et organisations de lutte contre les violences basées sur le genre (RAO-VBG), ne veut plus lâcher les ex-exciseuses de la commune. Depuis leur déclaration publique d’abandon en juillet dernier, l’APF-G travaille à les éloigner durablement de la pratique. L’association veut faire d’elles de véritables ambassadrices de la lutte contre l’excision. Leur insertion socio-professionnelle demeure cependant l’une de ses priorités.

C’est la raison pour laquelle, depuis trois jours, des sessions de renforcement de capacités sont organisées à l’intention de ces ex-exciseuses sur l’entrepreneuriat féminin, la gestion financière et le marketing. Et ce n’est pas tout : l’Association pour la promotion féminine de Gawa, représentée par Mme Youl Yeri Viviane, a mis à leur disposition de nombreux matériels pour leur permettre de développer des activités génératrices de revenus.

Faire en sorte que les ex-exciseuses tournent complètement le dos à la pratique de l’excision, c’est l’objectif que s’est fixé l’APF-G. Ses membres se sont ainsi déployés à Tambacounda pour trois jours. Mme Youl Yeri Viviane, chargée du suivi-évaluation de l’association, explique que sa structure est à Tambacounda dans le cadre d’un renforcement de capacités des 14 ex-exciseuses recensées au mois de juillet dernier. Elles doivent être formées et accompagnées pour développer des activités génératrices de revenus.

« Elles avaient publiquement déclaré avoir définitivement abandonné la pratique de l’excision au mois de juillet dernier », a rappelé Mme Youl Yeri Viviane. « C’est pourquoi, poursuit Mme Viviane, nous avons décidé de les accompagner afin qu’elles puissent développer des activités génératrices de revenus et ne plus penser à retourner à cette pratique interdite. Pour la plupart d’entre elles, l’excision était une activité lucrative qui leur permettait de gagner leur pain. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, au-delà de la capacitation, de les aider à développer des activités qui leur permettront de se réinsérer dans la vie, afin de ne plus jamais songer à revenir à cette pratique néfaste. »

Durant les trois jours d’échanges, plusieurs modules ont été développés avec elles, notamment l’entrepreneuriat féminin de manière générale, la gestion financière et surtout le marketing. Elles sont 14 anciennes exciseuses recensées à Tambacounda grâce à l’accompagnement de l’association Deggo, qui lutte elle aussi contre les VBG à Tamba.

« À l’issue des trois jours de formation, nous avons remis beaucoup de matériel aux femmes, en fonction des besoins exprimés par chaque groupement », a précisé Mme Viviane. Les femmes qui s’activent dans la transformation des produits céréaliers ont reçu du matériel adapté. Celles qui avaient formulé le besoin d’être appuyées dans la saponification l’ont également été, a soutenu la chargée du suivi-évaluation.

L’Association pour la promotion féminine de Gawa, qui est l’association leader au sein du Réseau ouest-africain des associations et des organisations de lutte contre les VBG (RAO-VBG), a travaillé à mobiliser un certain nombre de fonds pour pouvoir accompagner les ex-exciseuses. Actuellement, plus de 45 exciseurs et exciseuses (hommes et femmes) dans les cinq pays membres du RAO-VBG sont suivis et accompagnés. Grâce au concours de partenaires tels que l’ONG allemande « La Paix », ces mêmes personnes développent des AGR de leur choix, tient à préciser la Burkinabè.

Pour Tambacounda, fait-elle savoir, les femmes étaient déjà engagées dans la transformation des céréales et d’autres fruits et légumes. « C’est pourquoi nous leur avons apporté la matière première et le matériel nécessaire pour initier ou renforcer leurs activités au sein de leurs communautés respectives », explique-t-elle. Mme Youl Yeri Viviane a profité de la cérémonie de remise pour informer que ces mêmes activités, déroulées ici à Tambacounda, ont déjà été exécutées dans les quatre autres pays membres du Réseau ouest-africain de lutte contre les VBG, à savoir la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso et la Gambie.

« Elles avaient juré devant l’opinion nationale et les autorités d’abandonner carrément la pratique. De notre côté, nous avions aussi promis de les accompagner pour développer d’autres activités génératrices de revenus car, pour beaucoup d’entre elles, l’excision était une sorte de gagne-pain. Voilà tout le sens qu’il faut donner à notre présence à Tamba », a tenu à préciser Viviane Youl Yeri.

Toutefois, la Burkinabè lance un appel aux autorités, aux leaders d’opinion et surtout aux médias pour qu’ils accompagnent les ex-exciseuses dans l’atteinte de leurs objectifs. « C’est un engagement qu’elles ont pris certes, mais il faut l’accompagnement de tout le monde pour qu’elles puissent le réaliser », a martelé Viviane.

À l’association Deggo, basée à Tambacounda, et à l’ONG Famedev, toutes deux membres du RAO-VBG, Viviane demande d’assurer le suivi rapproché de ces femmes et leur accompagnement continu. Elle a conclu en remerciant l’ONG allemande « Paix pour le monde » pour son soutien et sa confiance renouvelée, surtout dans un contexte où les ressources se font rares.

Par Abdoulaye Fall