Horizon… Cheikh Amala Doucouré, animateur : «L’aura de Bob Marley reste intacte»

 

Quarante-cinq ans après sa disparition, le 11 mai 1981, l’ombre de Bob Marley plane toujours avec la même force sur la scène musicale mondiale. Icône indétrônable du reggae, le «King» continue d’inspirer par ses messages d’unité et de résistance. Pour Cheikh Amala Doucouré, acteur culturel et animateur à la Rts, si l’industrie musicale a muté, l’essence de Marley demeure intemporelle. Dans cet entretien, le spécialiste sénégalais analyse l’héritage de la légende jamaïcaine, le rôle de ses descendants et les défis persistants du reggae au Sénégal.

Que peut-on retenir du parcours de Bob Marley, de sa naissance en 1945 à son décès en 1981 ?
Bob Marley est né en février 1945 en Jamaïque et nous a quittés le 11 mai 1981 aux Etats-Unis. Sa carrière décolle véritablement au début des années 60 au sein des Wailing Wailers, aux côtés de Bunny Wailer et Peter Tosh. Ensem­ble, ils marquent l’histoire avec des albums fondateurs comme Catch a Fire (1972) et Burnin’ (1973). Après le départ de ses compagnons pour des carrières solo, Bob réorganise le groupe. C’est l’arrivée des I-Threes, ce trio vocal féminin composé de Marcia Griffiths, Judy Mowatt et son épouse Rita Marley. S’ensuit une ascension fulgurante avec des chefs-d’œuvre tels que Natty Dread (1974), Rastaman Vibration (1976), Exodus (1977), Kaya, Survival et enfin Uprising en 1980. Malheureusement, le cancer l’emportera l’année suivante, en pleine gloire.
Nous commémorons aujourd’hui le 45e anniversaire de sa disparition. La ferveur est-elle la même qu’auparavant, dans le monde et au Sénégal ?
Il est vrai que l’on ne retrouve plus tout à fait la même ferveur spectaculaire dans les commémorations d’autrefois.

Cependant, cela ne signifie pas un déclin. La mémoire de Bob Marley reste intacte. Ses chansons et ses idées traversent les époques car elles sont intemporelles. On ne célèbre peut-être plus de la même manière, mais l’influence est ancrée dans les consciences.

Comment jugez-vous l’évolution du reggae depuis sa mort ?
Le reggae évolue, à l’instar de toutes les musiques. Il s’adapte aux réalités sociales, matérielles et technologiques de chaque époque. Aujourd’hui, les plateformes numériques et les nouveaux modes de production ont inévitablement transformé le genre. Le reggae actuel est le reflet de son temps, mais il puise toujours sa sève dans les racines plantées par les pionniers.

Ses fils, comme Ziggy, Stephen ou Damian, entretiennent cet héritage. Pourtant, ils ne semblent pas atteindre la notoriété de leur père. Pourquoi ?
Bob Marley a eu une descendance nombreuse qui, pour la plupart, évolue dans le show-business. Il serait injuste d’attendre d’eux qu’ils égalent leur père ; Bob était un phénomène unique, une conjoncture historique à lui seul. Ses fils ne cherchent pas à le copier, mais ils maintiennent l’esprit et la vision de leur père vivants, en les adaptant au contexte mondial actuel. Ils assurent une continuité nécessaire.

Au Sénégal, le reggae semble peiner à s’imposer véritablement. Quel est votre constat ?
La scène sénégalaise n’est pas en reste, même s’il nous manque encore des figures de proue de l’envergure d’un Alpha Blondy ou d’un Tiken Jah Fakoly. Le talent est pourtant là, surtout au sein de la diaspora. Je pense à Natty Jean, mais surtout à Meta Dia, basé à New York, qui rivalise aujourd’hui avec les plus grands noms jamaïcains. Le potentiel existe, il demande juste à être davantage mis en lumière.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les reggaemen au Sénégal ?
Plusieurs facteurs freinent l’essor du reggae chez nous. Il y a d’abord une certaine perception socioreligieuse qui pèse sur l’image des artistes. Ensuite, on note un manque de soutien massif et régulier de la part des médias et des canaux de communication. Malgré ces blocages, je reste optimiste. Chaque chose a son temps. Le déclic viendra, et j’espère très bientôt. One Love !

Propos recueillis par Amadou MBODJI  – ambodji@lequotidien.sn