« Il était une fois Gaza » : Ousmane Dia interpelle la conscience collective à Dakar.

 

L’artiste sénégalais Ousmane Dia ouvre un nouveau chapitre de son travail avec « Il était une fois Gaza », une exposition qui fait de la sculpture un langage politique. Au cœur du dispositif, l’installation « Assise Palestinienne » s’impose comme l’un des axes majeurs.

“Une terre sculptée, une mémoire en volume”  

L’œuvre prend la forme d’une silhouette qui épouse fidèlement les contours géographiques de la Palestine, transposés en volume et posés sur la courbure du globe. Ce choix n’est pas anodin. 

« Cette translation spatiale affirme la permanence d’un territoire malgré les transformations politiques, les frontières imposées et les tentatives répétées d’effacement », souligne le commissaire scientifique et artistique de l’exposition, Pr Babacar Mbaye Diop.

Les fractures, reliefs et irrégularités de la surface racontent autre chose : les blessures de l’histoire, mais aussi la résilience. 

« La chaise, emblème de la présence »  

Autour de cette terre, des sculptures verticales en acier de 1 à 3 mètres s’élèvent. Construites en tubes carrés, elles sont toutes surmontées d’une chaise. 

Chez Ousmane Dia, la chaise est un motif récurrent. Ici elle devient centrale, « elle évoque à la fois la présence humaine, l’hospitalité, l’attente, la résistance silencieuse et le droit fondamental de s’asseoir, donc de vivre sur sa propre terre », précise la note conceptuelle.

La palette est assumée : blanc, noir, rouge, vert. Les quatre couleurs du drapeau palestinien structurent l’espace et inscrivent l’œuvre dans un langage visuel immédiatement identifiable.

« 365 jours, 365 sculptures »  

Le second volet, « À la mémoire des innocents », est un dispositif temporel. Il est composé de 365 sculptures. Chaque élément renvoie à un jour de l’année.

« Le chiffre devient une unité de mesure du temps vécu sous la menace permanente, mais aussi un mémorial fragmenté, où chaque sculpture fonctionne comme une présence silencieuse ». 

Réalisée à partir de fin octobre dans l’atelier de l’artiste à Sandiara, près de Mbour, cette série donne au projet une dimension processuelle. Le travail s’étire dans la durée, comme le conflit qu’il questionne.

« Dakar, une histoire de solidarité »  

En choisissant Dakar pour accueillir l’exposition, Ousmane Dia inscrit la Palestine dans une géographie politique africaine. 

« Le Sénégal, et plus largement l’Afrique, n’ont jamais été indifférents à la question palestinienne. En 1971, à l’initiative de l’OUA, Dakar fut le point de départ d’une mission de médiation au Proche-Orient menée par les présidents Léopold Sédar Senghor, Mobutu, Ahmadou Ahidjo et Yakubu Gowon », rappelle Pr Babacar Mbaye Diop.

Pour le commissaire, cette référence n’est pas décorative : « la solidarité avec la Palestine ne relève pas d’un positionnement conjoncturel, mais d’une tradition politique, morale et culturelle profondément ancrée ».

« Il était une fois GAZA » n’est ni un constat neutre ni une simple exposition thématique. C’est une prise de position artistique. En inscrivant la Palestine dans une histoire mondiale des luttes, des solidarités et des résistances, le projet affirme qu’en 2026, l’art doit encore porter une parole face à l’injustice.

Boubacar D TAMBA