En visite à Tivaouane, le président de l’Assemblée nationale et leader de Pastef, Ousmane Sonko, a été reçu ce dimanche par le guide religieux Serigne Habib Sy Dabakh. Une rencontre au cours de laquelle le marabout a annoncé son adhésion officielle à Pastef.
Au-delà de cette adhésion, Serigne Habib Sy Dabakh a livré une lecture très critique de la situation politique actuelle au Sénégal. Selon lui, le pays aurait « reculé de 20 ans ». Reprenant l’image du « balai » souvent utilisée dans le discours politique, il a lancé : « Le balai dont on parlait, au lieu de balayer pour faire sortir les ordures, balaie pour les faire entrer. » Il précise toutefois ne viser personne en particulier, laissant à chacun la responsabilité de se sentir concerné.
Le guide religieux affirme par ailleurs que personne ne peut détourner sa pensée ni l’empêcher de s’exprimer. Il dit être conscient de son rôle de guide religieux, qui consiste notamment à œuvrer pour l’unité, mais estime que cette mission ne l’empêche pas de dire ce qu’il considère comme la vérité.
« Je constate une constance chez Sonko »
Serigne Habib Sy Dabakh a également salué la « constance » d’Ousmane Sonko depuis qu’il suit ses prises de parole. Il affirme notamment avoir suivi intégralement son dernier entretien spécial, très commenté dans l’espace public. Contrairement à certains détracteurs de cette sortie, le guide religieux estime que le leader de Pastef a réalisé une très bonne prestation.
« Nous aimons le Sénégal et nous voulons la paix dans ce pays », a-t-il déclaré, estimant avoir constaté, à travers les différents discours de Sonko, des efforts visant à préserver la paix et la stabilité.
Pour autant, il estime que la paix ne peut être durable sans justice. Il a ainsi mis en garde contre toute instrumentalisation des institutions et des forces de défense et de sécurité à des fins politiques.
« On ne doit pas instrumentaliser la justice, l’armée et les forces de l’ordre pour combattre des gens », a-t-il martelé, appelant les autorités à éviter les menaces et les rapports de force.
Il a également invité les forces de l’ordre à ne pas se laisser instrumentaliser et à ne pas intimider les citoyens pour des raisons politiques. « Le pays nous appartient tous », a-t-il insisté, appelant les responsables à penser aux conséquences de leurs actes et au jugement dernier.
Un appel à Sonko et à ses collaborateurs
Dans son intervention, Serigne Habib Sy Dabakh a également exhorté Ousmane Sonko et ses collaborateurs à ne pas accepter d’être pris en otage ou transformés en esclaves. « Les choses ont changé », a-t-il averti, tout en précisant qu’il s’agissait, selon lui, d’une alerte adressée aux autorités et non d’une menace.
Le guide religieux s’est aussi appuyé sur le phénomène du « VAR » pour inviter les Sénégalais à comparer les déclarations passées et présentes des responsables politiques.
Un message direct à Bassirou Diomaye Faye
Une grande partie de son intervention a été consacrée au président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Tout en lui adressant ses salutations et en souhaitant la paix au chef de l’État, Serigne Habib Sy Dabakh a regretté la séparation politique entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Selon lui, le président de la République doit revenir aux fondamentaux qui ont permis à Pastef d’accéder au pouvoir.
« Si c’était de ma volonté, il ne s’allait pas se séparer de Sonko », a-t-il déclaré, estimant que Bassirou Diomaye Faye est devenu président grâce notamment à Ousmane Sonko et aux militants de Pastef. Il l’invite ainsi à revisiter ses anciennes déclarations à travers le « VAR » afin de mesurer l’évolution de certains discours.
Serigne Habib Sy Dabakh appelle également le chef de l’État à revenir à la raison et à renouer avec ses anciens camarades de Pastef afin, dit-il, de faire avancer le pays.
« Diomaye a trahi la jeunesse »
Le guide religieux a ensuite exprimé sa compassion à l’endroit de la jeunesse sénégalaise, qu’il estime déçue par la situation politique actuelle. « Diomaye a trahi la jeunesse. Il a trahi la volonté de ceux qui l’ont élu », a-t-il affirmé, avant d’appeler les jeunes à prendre leur destin en main et à ne laisser personne les prendre en otage.
Il s’est également élevé contre ce qu’il considère comme des règlements de comptes politiques et des limogeages liés aux appartenances ou divergences politiques. « Ce qui se passe actuellement n’est plus de la politique. Je croyais qu’on ne pouvait pas limoger un travailleur tant qu’il n’a pas commis une faute lourde. Aujourd’hui, des gens sont limogés de l’administration parce qu’ils n’ont pas la même vision politique que le président de la République. C’est inadmissible », s’indigne le guide religieux.
Dans la dernière partie de son intervention, Serigne Habib Sy Dabakh a dénoncé ce qu’il qualifie de montée des mensonges, des invectives et des diffamations dans le débat public. « Ce que je vois actuellement au Sénégal n’est plus de la politique », a-t-il déclaré, estimant que certaines attitudes relèvent davantage de la méchanceté et de la volonté de nuire que d’une véritable confrontation politique.
Assumant pleinement sa position, il a déclaré : « Certains diront que je fais de la politique, mais je l’assume. Ici au Sénégal, tout le monde fait de la politique. Je ne cache pas ma position. »
Le guide religieux a enfin formulé des prières pour Ousmane Sonko et ses collaborateurs, demandant à Dieu de les préserver et de leur accorder la paix.
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