Jadis, les motos deux roues, moyens de transport, a l’origine perçues comme une solution a la précarité et aux problèmes de mobilité, sont devenues en quelques années des moteurs d’opportunités économiques et d’indépendance entrepreneuriale. Aujourd’hui, la défaillance de notre système de transport urbain et le chômage endémique des jeunes causé par un manque de perspectives, ont laissé place à la prolifération de ces motos communément appelées ” taxi Jakarta”.
Ainsi cette nouvelle filière du transport urbain, s’est très rapidement élargie dans toutes les grandes agglomérations du pays employant une bonne partie de la jeunesse senegalaise.
Malgré leurs avantages, l’essor des motos taxis Jakarta a connu aussi des contrariétés sans fin.
Aux Sénégal, plus de 75% de la population ont moins de 35 ans. Cette situation démographique qui, normalement devrait constituer une force dans le processus de développement d’un pays, s’impose comme un problème embarrassant chez nos gouvernants.
En effet, les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance à nos jours, n’ont jamais réussi à mettre en œuvre une bonne politique d’employabilité pour faciliter l’accès à l’emploi et réduire le taux de chômage qui ne cesse d’augmenter. Tous les pays développés ont réglé ce problème par la valorisation du secteur primaire et secondaire, principal secteurs de pourvoyeurs d’emplois. C’est à dire faire la promotion de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche suivi de la transformation de leurs matières premières par une industrialisation. Malheureusement, au Sénégal, on note une économie plus tertiarisée avec plus de services que de production de biens et matériels. Juste pour mettre en évidence le manque de niches d’emploi.
En conséquence, sans offres d’emploi, cette jeunesse ne peut faire autrement que de s’accrocher sur les motos-taxis-Jakarta pour joindre les deux bouts.
Une situation qui profite aussi à nos gouvernants en masquant leur insuffisance dans la création d’opportunités d’emploi. Ainsi pour désamorcer cette bombe sociale que constitue cette jeunesse sans emploi et pour des calculs électoralistes, nos autorités politiques laissent prospérer ce secteur dans l’anarchie totale comme pour se débiner d’une patate chaude.
Ainsi, chômeurs, jeunes qualifiés ou non, élèves, étudiants, père de famille, artisans, mineurs,…Bref, plusieurs couches sociales s’y retrouvent pour y assurer leur subsistance.
Cette branche du transport urbain et périurbain, qui contribue considérablement dans l’économie informelle, devrait éveiller nos états à professionnaliser ce secteur par la réglementation et la formalisation. Malheureusement, par manque de volonté et de courage politique, nos états constatent impuissamment l’évolution en pêle-mêle de ce secteur entraînant à l’évidence, des importunités dramatiques.
Même si le taxi des motos-Jakarta permet de créer de l’emploi pour les jeunes, il n’en demeure pas moins qu’il pose de graves problèmes de sécurité routière, d’insécurité urbaine, et de déchéance morale et sociale chez certains jeunes.
En observant au quotidien le paysage urbain des villes du pays, on se donne une idée sur le nombre incalculable de moto-taxis qui pullule la circulation routière. Manœuvrées par des personnes de tout âge et de toute nature, sans permis de conduire, sans formation sur la sécurité routière, ces motos taxis défigurent le décor de la circulation et constituent un réel danger pour les usagers, les piétons, les automobilistes et même pour leurs conducteurs. En conséquence nos routes deviennent le théâtre de collisions, de dérapages ,de chutes impliquant ces engins. On ne peut pas rester un jour sans entendre ou assister à un choc causé par ces motos-taxis-Jakarta. Cette récurrence d’accidents est devenue tellement banale qu’elle ne choque plus. Des milliers d’accidents engageant ces motos sont recensés annuellement à l’échelle nationale causant une source récidivante de drames humains. Certains même qualifient ces motos -taxis-Jakarta de cercueils mobiles à un degré si élevé qu’elles provoquent des accidents le plus souvent mortels. Les victimes d’infirmité causées par ces motos-taxis-Jakarta sont incalculables pour dire le moins.
Et jusqu’à combien compter les morts, les amputés, les fracturés, les blessés…?
Par ailleurs, l’envers de la prolifération des motos-taxis-Jakarta a aiguillonné le fléau du banditisme au Sénégal.
En effet, l’avènement des motos-taxis-Jakarta a accentué l’insécurité urbaine avec le phénomène des agressions. Ces motos sont utilisées par les assaillants pour faciliter leur forfait par des vols à l’arraché qui, parfois découlent sur des violences physiques en cas de rébellion de la victime. Elles constituent également le mobile de l’amplification des vols de bétail qui inquiètent de plus en plus les éleveurs.
Sociologiquement, ce secteur a fini d’être un laboratoire de formatage de nos jeunes dans la délinquance juvénile, dans l’incivisme et dans l’immoralité.
Ainsi, le non encadrement d’un secteur d’activités infesté de malfaiteurs, de mal intentionnés et fréquenté par beaucoup de jeunes, parfois des mineurs inconscients, provoque la profusion de la dépravation et du banditisme. Par conséquent un milieu qui influe facilement à la consommation de l’alcool et de la drogue. Certains arrêts Jakarta sont devenus une plaque tournante de vente de drogue. C’est pourquoi beaucoup d’arrêts jakarta sont devenus la cible des forces de défense et de sécurité avec des fouilles périodiques.
Une petite promenade vers les points de vente des boissons alcoolisées donne un indicateur alarmant sur l’utilisation de ces boissons par ces jeunes conducteurs de moto-taxi-Jakarta. Dans le passé, des dosettes d’alcool dénommé “Jakarta ” et vendues à 100f avaient fini d’aliéner beaucoup de jeunes.
Aujourd’hui, si la plupart des jeunes Jakartamen sont perçus aux yeux des populations comme des crapules c’est qu’ils en donnent l’impression et parfois agissent comme telles. Ils constituent un échantillon qui montre le caractère malsain de notre jeunesse. Ils peuvent s’identifier de par leur comportement, leur langage, leur style vestimentaire, leur mine.
Expressions vulgaires et outrageantes, sagging, cuir chevelu en mode dreadloks, faciès indice; telles sont les identités remarquables de beaucoup de nos jeunes Jakartamen.
Leur cruauté est allée jusqu’à s’adonner souvent à des courses suicidaires et même parfois en mode cabrage en pleine circulation. Le tout, dans une insolence inouïe.
Et le plus inquiétant est que ce domaine a favorisé l’abandon précoce du cursus scolaire de beaucoup de jeunes et au même moment a participé à la compromission de l’apprentissage professionnel d’une autre catégorie pour bêtement monnayer leurs devenirs socio-professionnels au profit de petits sous en trouvant comme point de chute dans ce milieu. Ils perdent malheureusement une future carrière professionnelle au change.
Au mépris de tous les désagréments fâcheux et sinistres causés par ces motos-taxis, tous ces ennuis laissent apathiques nos gouvernants devant cette situation.
En somme, face à l’absence de débouchés, le secteur des motos-taxis-Jakarta a constitué une alternative à l’employabilité de beaucoup de jeunes. En dépit de sa précarité, ce secteur permet à ses acteurs de gagner dignement leur vie et de subvenir à leurs besoins vitaux.
Mais son manque d’encadrement a laissé place a un désordre aux conséquences dramatiques
Dès lors faudra t-il laisser prospérer encore ce secteur dans cette instabilité?
Si l’état ne se décolle pas de l’indifférence qu’il affiche face au phénomène des motos-taxis-Jakarta, ces dernières nous réserveront encore des dommages beaucoup plus tragiques avec l’augmentation progressive de la population et du taux de chômage.
Donc il est de la responsabilité de l’état d’apporter des solutions au fléau de ces motos taxis en créant des conditions optimales de travail aux employés du domaine et parallèlement assurer la quiétude des populations.
Pour cela, il faudra de la volonté et du courage politique pour réformer ce secteur ” sensible “.
En attendant, les solutions ci-dessous sont proposées pour régulariser ce secteur.
A mon avis, régler les problèmes liés aux motos taxis Jakarta, c’est réglementer ce secteur par sa professionnalisation. Loin de l’idée de les éliminer du transport urbain comme dans certains pays. Car les motos Jakarta sont désormais au centre de l’économie informelle senegalaise offrant aux jeunes une participation active a des activités économiques. C’est devenu un gagne-pain pour beaucoup de monde pour ne pas dire un métier. Donc l’état gagnerait a professionnaliser ce secteur par la mise en place d’un mécanisme institutionnel et réglementaire qui va régir dorénavant ce domaine.
Réglementer ce secteur c’est d’abord, regrouper dans chaque commune les conducteurs de moto taxi Jakarta dans un cadre organisationnel légalement constitué à travers une association. C’est l’exemple de l’ASCOJA ( association des conducteurs de Jakarta ) ici à Tambacounda.
Ensuite, définir les critères d’aptitude pour être un conducteur de moto-taxis-Jakarta.
A partir de ce moment, exiger les conditions suivantes:
1- avoir un permis de conduire:
C’est une pièce qui atteste de l’aptitude de la personne à conduire normalement une ou des catégories de véhicule. Ici, les permis délivrés doivent être spécifiques pour la conduite de motos deux ou trois roues. Même si le coût n’est pas accessible pour tous, l’obtention de cette pièce pour ces jeunes pourra être facilitée par l’état à travers ses structures de financements de formation comme le 3FPT, l’ONFP. Ces services vont assurer quasi-gratuit le financement de la formation pour l’acquisition de ces permis de conduire. Et idem pour tout autre besoin de formations comme la formation sur la sécurité routière;
2- avoir au moins 25 ans:
Être un transporteur requiert une certaine maturité et une certaine responsabilité a fortiori quand il s’agit de l’humain. Malheureusement quand on observe la circulation on est tiqué de constater la pléthore de la catégorie adolescente sur les motos-deux-roues. D’où la toute pertinence d’exiger cette condition. A cet effet, ce secteur ne sera plus le point de chute de cette catégorie d’âge qui a hypothéqué son étude scolaire ou son métier pour s’aventurer dans ce milieu. Ça permettra en d’autres termes de retenir ces jeunes dans les écoles et dans les ateliers.
Sur le plan administratif et réglementaire:
1- Immatriculation et identification:
Pour mieux encadrer et réglementer ce secteur il faut nécessairement immatriculer toutes les motos -taxis -Jakarta. Cela va permettre d’identifier chaque moto, faciliter la traçabilité en cas de vol ou d’infraction et permettre a chaque moto de se conformer aux normes administratives.
Le processus était enclenché depuis l’année passée mais n’a pas eu le suivi qu’il faut même si beaucoup de motos ont été immatriculées. Il faudra seulement relancer le processus avec un coût raisonnable pour enrôler toutes les motos-taxis dans un délai.
Une autre Immatriculation spécifique permettra de différencier et d’identifier les motos taxis aux autres “deux roues”. Cet identifiant facilitera à l’autorité étatique de gérer, d’encadrer et de bien contrôler ce secteur.
2- contrôle :
C’est le rôle des forces de défense et de sécurité de faire régulièrement un contrôle routier en veillant au strict respect du code de la route, de bonne conduite, du port de casque. Ensuite c’est l’occasion de vérifier la régularité de toutes les pièces administratives ( permis de conduire, carte grise, plaques d’Immatriculation, assurance). Puis dans le même sens, faciliter l’identification des intrus mal intentionnés. Et enfin, en cas d’infractions administratives, délictuelles, et même criminelles, sanctionner tout contrevenant, tout malfaiteur conformément au règlement en vigueur.
Sur le plan social:
Mettre sur pied un dispositif pour assurer la couverture et la protection sociale. Autrement dit
aider l’association des conducteurs de moto Jakarta à mettre en place dans chaque localité, une mutuelle de santé a travers des cotisations mensuelles de chaque membre pour une meilleure prise en charge en cas d’accident ou de maladie.
En définitive, régler le problème des motos taxis Jakarta c’est institutionnaliser ce secteur d’activité comme métier. En d’autres termes, traduire toutes les solutions précitées et/ou autres propositions pertinentes dans un arrêté ministériel portant création, organisation et fonctionnement du métier ” conducteur de moto-taxis” et veiller à sa stricte application.
« A qui veut bien l’entendre»
PAPA ABDOU FALL, citoyen, senegalais, Tambacounda.



