L’hécatombe se poursuit sur les routes sénégalaises. Ce lundi matin, à moins de dix kilomètres de Tambacounda, un violent face-à-face entre un bus et un minicar de type « Cheikhou Shérifou » a fait six morts et quatorze blessés. Sur la Route nationale 7, au milieu des tôles déchiquetées et des cris de détresse, la polémique sur la dangerosité des transports interurbains ressurgit avec force.
Il est 8h29 lorsque l’alerte parvient au centre de secours des sapeurs-pompiers. Le drame s’est produit sur l’axe Tambacounda–Gouloumbou, au détour d’un virage. Un bus de transport et un minicar circulant en sens inverse se sont percutés de plein fouet. À l’arrivée des secours, le spectacle est saisissant. « L’irréparable était déjà commis », souffle le commandant des pompiers, visiblement éprouvé.
« Dans le minicar, deux passagers étaient coincés dans l’amas de ferraille. C’est là que le bilan est le plus lourd : cinq morts côté minicar et un passager du bus qui n’a pas survécu. » Le décompte provisoire fait état de six décès sur le coup et de quatorze blessés, dont quatre dans un état critique.
Les premiers témoignages pointent un « virage de la mort ». Le minicar, en direction de la commune de Netteboulou, aurait mal négocié la courbe, vraisemblablement à une vitesse excessive, selon les survivants.
Sur place, la stupeur se mêle à la colère. Des corps, enveloppés dans des draps maculés de sang, reposent sur le bas-côté, sous les yeux de riverains tétanisés. « Un accident d’une telle violence, nous n’en avions jamais vu ici », sanglote une habitante.
Très vite, les regards se tournent vers le système des « Cheikhou Shérifou », déjà largement décrié. « Ils finiront par nous exterminer ! », s’emporte un témoin, désignant les débris du minicar. « Il roulait à tombeau ouvert, comme s’il était seul sur la route. Voilà le résultat. »
Pour beaucoup, ces véhicules sont de véritables « cercueils ambulants », et ce nouveau drame ravive le débat sur la sécurité routière au Sénégal.
À Tambacounda, les populations réclament désormais une réaction ferme des autorités. « L’État doit être inflexible et aller jusqu’au bout de sa logique : réglementer ces cercueils ambulants », insiste un usager, ulcéré.
Parmi les pistes avancées sur les lieux de l’accident figurent le plombage des compteurs de vitesse et la révision de l’aménagement intérieur de ces minicars, dont la configuration des sièges alourdit souvent le bilan en cas de choc.
En attendant d’éventuelles mesures, Tambacounda enterre une nouvelle fois ses morts, victimes de l’inconscience au volant et d’un système de transport jugé de plus en plus meurtrier.

Par Abdoulaye Fall



