La junte malienne a fait jeudi un geste envers Paris en graciant un agent de renseignement français condamné à 20 ans de prison en juin, après des années de fortes tensions avec l’ancienne puissance coloniale.
Cette décision intervient au moment où les autorités militaires maliennes sont très fragilisées depuis plusieurs mois, après une vaste offensive fin avril d’une coalition de jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et d’indépendantistes touareg du Front de Libération de l’Azawad (FLA), qui ont accru leur emprise dans le nord du pays.
“Le gouvernement de la Transition informe l’opinion que par décret”, le chef de la junte malienne, le général Assimi Goïta, a accordé la grâce présidentielle à l’agent français, a annoncé jeudi le gouvernement malien dans un communiqué.
Cette décision “est assortie de l’éloignement immédiat de l’intéressé du territoire national”, précise le communiqué.
Ce geste d’apaisement intervient après des années de fortes tensions entre Paris et la junte malienne, qui, ces dernières années, s’est rapprochée notamment de la Russie.
La mesure de grâce ne “remet pas en cause les faits établis par un jugement contradictoire rendu au cours d’un procès”, souligne le gouvernement malien, affirmant que l’officier français a été “jugé et condamné à la suite d’un procès équitable”.
Officiellement affecté à l’ambassade de France à Bamako, l’officier, identifié comme Yann V., avait été arrêté le 13 août 2025 en compagnie de plusieurs officiers des Forces armées maliennes (FAMa), lors d’une opération menée par les services de renseignement maliens.
Il avait été accusé de conspiration contre les institutions du pays sahélien.
“Accusations sans fondement”
L’agent avait passé près de 10 mois en détention à Bamako entre son arrestation et son procès et était détenu jusqu’à récemment au camp 1 de la gendarmerie à Bamako.
Dans le même communiqué, le gouvernement malien salue “un pays frère”, sans le nommer, “dont les bons offices, exercés avec discrétion et dans le respect scrupuleux de la souveraineté du Mali, ont contribué à l’obtention de cette grâce”.
Selon une source militaire malienne interrogée par le journal français Le Monde, le Maroc aurait joué un rôle dans les tractations pour la libération de Yann V. Ce pays entretient de bonnes relations avec la France comme avec le Mali, et sa médiation a déjà permis la libération de quatre agents français de la DGSE (renseignement extérieur français) détenus à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Les officiers maliens arrêtés en août 2025 en compagnie de l’agent français, radiés de l’armée depuis, n’ont toujours pas été jugés. Ils sont accusés d’avoir mis en place un réseau d’espionnage et de complot visant à déstabiliser les institutions de la transition malienne en vue de perpétrer un coup d’État.
Au moment de l’arrestation de son ressortissant, le ministère français des Affaires étrangères avait dénoncé des “accusations sans fondement”. La France avait aussi, les jours suivants, suspendu sa coopération antiterroriste avec le Mali et sommé deux diplomates maliens de quitter son territoire.
Selon le Quai d’Orsay, l’agent français “menait à bien une mission de coopération sécuritaire et en aucun cas la France n’a participé, directement ou indirectement, à la déstabilisation du Mali”.
Le pays sahélien est en proie depuis 2012 à une profonde crise sécuritaire, nourrie notamment par les violences de groupes affiliés aux organisations jihadistes Al-Qaïda et État islamique, ainsi que de groupes criminels communautaires.
Depuis deux coups d’État successifs en 2020 et 2021, le pays est dirigé par des militaires arrivés au pouvoir sur la promesse de rétablir la sécurité et de conserver son intégrité territoriale.
La junte s’est détournée de l’ancienne puissance coloniale française dans sa lutte contre les jihadistes pour se rapprocher militairement et politiquement de la Russie.
En février 2022, face à la dégradation des relations entre Bamako et Paris et l’hostilité de l’opinion au Mali, la France avait ordonné le retrait de ses 2.400 militaires présents dans le pays, qui fut effectif en août de la même année.
Ces derniers mois, les combats ont gagné en intensité depuis l’offensive coordonnée du JNIM et du FLA.
Jeudi, l’armée malienne a annoncé la libération de 82 soldats prisonniers du JNIM et du FLA depuis cette offensive.
Une source au ministère des Affaires étrangères malien a confié à l’AFP que cette libération est le fruit d’une médiation de l’Algérie, avec qui le Mali a amorcé une détente en juillet.
Brouillés depuis plus d’un an, les deux pays voisins ont pris les observateurs de court en annonçant le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens.
AFP



