Pique-nique communautaire au parc de Cambérène: « Maman 2.0 » reconnecte les familles à la nature

Du virtuel au réel, les membres du groupe « Maman 2.0 » se sont donné rendez-vous juillet dernier au parc paysager de Cambérène pour le pique-nique des familles, organisé depuis quatre ans à Paris. Cette année, l’événement a été délocalisé à Dakar dans ce vaste site qui a vibré au rythme des jeux d’éveil, des rires et des échanges chaleureux, offrant un véritable moment d’évasion loin des écrans.

Il est 12 heures au parc paysager de Cambérène en ce début du dernier weekend de juillet.Un kakémono est dressé au portail. « Maman 2.0 organise le pique-nique des familles » y est écrit. Téléphone en main, les visiteurs font la queue car l’entrée se fait sur présentation d’un code QR. Une fois celui-ci présenté, un bracelet d’accès est noué autour des poignets des adultes. Les enfants reçoivent des guirlandes de fleurs d’orchidées artificielles.

En avançant dans ce vaste espace vert de 10 hectares créé en 1948, le décor est saisissant. Des ballons de différentes sont attachés aux buissons poussant dans les différentes allées.À l’ombre des grands arbres, d’épaisses nattes, des nappes de table colorées et des imperméables sont dressés sur le tapis herbacé. Ils dessinent un campement improvisé. Des paniers et des sachets débordent de repas faits maison ou issus de fast-foods, de jus locaux rafraîchissants et de friandises partagées entre voisins d’un jour.

Plus loin, le rire éclatant des enfants jouant avec un clown -un peu timide- rivalise avec les notes de musique qui rythment la journée, mais également avec leurs cris d’enthousiasme sur le trampoline et dans le château gonflable installés pour l’occasion.

Pendant que les moins jeunes jouent au baby-foot, d’autres s’adonnent à la lecture ou au dessin dans une grande salle transformée en bibliothèque pour l’occasion.

Quant aux adultes, certains s’affrontent amicalement autour de parties de Ludo ou de Scrabble. D’autres échangent amicalement autour d’un thé et partagent des mets, à la manière des élèves lors d’un goûter partagé.

Leur quiétude est par moments dérangée par les annonces des membres du staff. Car, en se déplaçant d’un jeu à un autre, certains enfants, surtout les plus jeunes, oublient le campement de leurs parents.

Parfois, ce sont des mesures de sécurité qui sont rappelées pour éviter que les enfants ne tombent dans la boue provenant d’une sorte de canal creusé en longueur.

N’eussent été les prises de photos ou de vidéos pour immortaliser la journée, la déconnexion avec les smartphones était presque totale.Pour l’initiatrice du pique-nique, Bernadette Ndiaye, connue sous le pseudonyme de Berny Ndiaye ou « La Linguère Sérère », ce rendez-vous concrétise un vœu longtemps formulé par sa communauté.

Facilitatrice parentale certifiée établie à Genève depuis deux décennies et fondatrice de la plateforme « Maman 2.0 », elle et les autres admins de la page basées dans la diaspora organisaient déjà cette rencontre à Paris depuis quatre ans.

« Cela a été un bon défi ! C’est parti d’une rigolade. On se disait que si Dakar organisait son pique-nique, ce serait mieux qu’à Paris. C’était un peu la compétition entre la « Team Paris » et la « Team Dakar » », explique Fatimata Diao, venue de Paris.

Ainsi, face aux demandes répétées des mères sénégalaises, elles tenaient absolument à reproduire le concept européen d’un pique-nique en pleine nature, loin du béton urbain.

Trouver un cadre verdoyant et accessible à Dakar constituait un véritable défi pour l’équipe. « C’était compliqué, j’ai cherché et je me suis renseignée jusqu’à ce que, par miracle, nous découvrions ce parc. Nous nous sommes dit que c’était l’endroit idéal », confie Berny.

« Le parc, c’est un endroit qui entre vraiment dans le thème de l’écologie. Nous connaissons les défis climatiques actuels », renchérit Bamby Dieng, la trésorière et chargée de l’administration.

Selon elle, le pique-nique était également « un moment très important pour faire redécouvrir la nature et le plein air aux enfants. C’était un événement écologique et familial, et ce fut un réel plaisir à organiser ».

Et d’après Fatimata Diao dite Safi Dia, le nombre de participants était limité à 200 mais, finalement il y a eu 300 personnes et même une liste d’attente.

Toujours est-il qu’elle salue le succès. Selon Berny, l’objectif a été atteint puisqu’il s’agissait d’offrir une parenthèse abordable aux familles, car « en sus de la rareté des espaces de loisirs, ceux-ci s’avèrent chers, surtout lorsqu’on a plusieurs enfants ».

Selon elle, l’événement a été une telle réussite que « le pari de poser les téléphones pour partager des instants authentiques avec les enfants s’est pleinement réalisé ».

Cette réussite, Berny et son équipe la doivent à l’élan de solidarité des membres du groupe surnommées les « Warriors », qui ont « entièrement autofinancé l’événement avec les rafraîchissements et les cadeaux distribués à chaque enfant en fin de journée ».

En effet, à la fin du pique-nique, tous les enfants, et même certains parents, sont rentrés avec des cadeaux.

La joie des parents

L’enthousiasme des participants témoigne du besoin profond de tels rassemblements.

En fait, même si le groupe est réservé aux mamans, les papas étaient de la partie et même dans l’organisation.

Venu de Keur Massar avec son épouse et ses deux enfants, Moussa Diouf avoue avoir « passé de bons moments avec sa famille dans un cadre naturel ».

Ayant quitté Mbour avec sa fille, Ghislaine, membre active en ligne, ne cache pas sa joie d’être passée du virtuel au réel.

Elle affirme que cette journée a permis de rompre l’isolement des appartements et offert aux enfants comme aux parents un espace sécurisé pour lier de belles amitiés.

« Les gens étouffent dans les appartements et même dans les maisons parce qu’on a tendance à avoir beaucoup de monde. Donc le pique-nique dans ce parc est un très bon choix. Les enfants sont hyper heureux, nous les parents, ça nous a fait beaucoup de bien », confie-t-elle toute joyeuse.

C’est le même sentiment de satisfaction chez Racky Diagne Sy, une habitante de Cambérène venue avec ses enfants et d’autres membres de sa famille.

En plus de profiter « d’un cadre aéré et verdoyant sans écran », elle se réjouit de retrouver un ami perdu de vue depuis cinq ans.

« C’est vraiment agréable, un vrai bonheur. Nos enfants se sont amusés et nous avons passé une journée sans téléphone », confie-t-elle.

« J’ai toujours rêvé de voir les enfants jouer, danser et passer toute une journée dans ce parc », Seydina Alioune Ndjim, directeur des paysages urbains et des espaces publics

Cette initiative citoyenne n’a pas laissé indifférent le responsable de la gestion du cadre de vie.Présent sur les lieux, Seydina Alioune Ndjim, directeur des Paysages urbains et des espaces publics au sein de la Direction générale du Cadre de Vie et de l’Hygiène publique, s’en est réjoui.

Il rappelle que dès sa prise de fonction, la sécurisation et le nettoyage de ce site, qu’il compare à une véritable « Casamance à Dakar », constituaient une priorité pour offrir aux populations de la banlieue un lieu d’épanouissement adéquat.D’ailleurs, il renseigne que des études visant à repenser l’aménagement durable de cette zone humide sur le modèle du parc de Hann sont en cours et que des travaux d’aménagement seront achevés d’ici la fin de l’année.

Ainsi, selon le directeur, l’engagement de l’association conforte les autorités dans leur volonté de valoriser le patrimoine naturel urbain.

« Quand je vois une association découvrir le parc et permettre au public d’y avoir accès pour y passer des week-ends en famille, je m’en réjouis grandement. Cela fait vraiment plaisir de voir les enfants heureux, jouer, danser et passer toute une journée ici. C’est exactement ce dont j’ai toujours rêvé pour ce parc », a déclaré M. Ndjim.

Par ailleurs, M. Ndjim souhaite que l’État du Sénégal puisse ouvrir davantage de parcs pour les enfants, mais aussi, au-delà des enfants, que l’ensemble des Sénégalais puissent disposer d’espaces de détente.

 

Fatou SY / Lesoleil.sn /