A Thiès, berceau historique des luttes syndicales, la commémoration de la Fête internationale du travail a été marquée par une vive inquiétude au sein des Industries chimiques du Sénégal (Ics). Réunis en intersyndicale, les employés dénoncent un climat de désarroi consécutif aux récentes déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko.
Par Cheikh CAMARA – L’Intersyndicale des travailleurs des Ics, membre de la Coalition nationale des centrales syndicales affiliées à la Csi, a profité de ce 1er mai pour exprimer son profond malaise lors d’un point de presse. Selon les responsables syndicaux Cheikh Tidiane Diène et Ousmane Ndiaye, les propos tenus par le Premier ministre le 12 mars 2026 ont plongé l’entreprise dans l’incertitude. «La déclaration publique du chef du gouvernement a installé un climat d’angoisse chez de nombreux travailleurs qui s’interrogent désormais sur l’avenir de leur outil de travail et les conséquences sur le fonctionnement de l’entreprise», ont-ils déploré. Face à ce contexte délétère, l’intersyndicale a appelé ses membres à la sérénité et à une solidarité sans faille.
Défendre l’outil de production et la stabilité
Malgré les tensions, les syndicalistes affichent leur détermination à protéger les performances record de l’entreprise : «Nous défendrons par tous les moyens la stabilité des Ics pour consolider un niveau de performance jamais égalé, tout en sécurisant les emplois et les acquis sociaux», ont-ils martelé. Invoquant leur «devoir patriotique», les représentants du personnel appellent l’Etat à instaurer un dialogue constructif.
Pour sortir de l’impasse, l’intersyndicale formule plusieurs recommandations urgentes : instaurer un cadre de dialogue formel et inclusif entre le gouvernement, la direction des Ics et l’intersyndicale ; garantir un partage d’informations transparent pour stopper la spéculation et la désinformation ; préserver l’emploi et soutenir le développement durable du site ; autoriser l’usine de fabrication d’engrais complexes, un projet bloqué depuis 18 mois malgré les besoins cruciaux de l’agriculture sénégalaise ; et associer les travailleurs au capital en cas de modification de l’actionnariat.
Au-delà de la situation politique, le climat social interne est également sous pression. Bien qu’un protocole d’accord ait été signé pour la période 2023-2025, les syndicats regrettent que certains points -comme le «car plan» de l’encadrement et la prime de fidélité- n’aient toujours pas été soldés par la Direction générale. Une nouvelle plateforme revendicative a été déposée le 24 décembre 2025, mais les négociations tardent à s’ouvrir malgré les engagements pris par la Direction en janvier dernier.
Pour les travailleurs des Ics, ce 1er mai 2026 revêt donc un «caractère singulier». Plus qu’une célébration symbolique, cette journée a servi de tribune pour rappeler que la stabilité sociale ne pourra être maintenue sans un respect mutuel des engagements et une vision claire sur l’avenir de ce fleuron de l’industrie sénégalaise.
cheikh.camara@lequotidien.sn




