Tambacounda : voici l’intégralité du discours de M. Ousmane Dia, parrain de la journée de la liberté de la presse.

 

Mesdames, messieurs les journalistes,
Chers frères et sœurs de Tambacounda,  

En cette Journée mondiale de la liberté de la presse, ce dimanche 3 mai 2026, je voudrais d’abord vous dire toute ma fierté et ma gratitude. Vous m’avez fait l’honneur de me choisir comme parrain de cette édition, et c’est pour moi une marque de confiance qui m’oblige. J’aurais aimé être physiquement parmi vous, à Tambacounda, dans cette ville qui m’est chère. Malheureusement, des contraintes professionnelles m’en empêchent. Mais par la pensée, par le cœur et par la conviction, je suis pleinement à vos côtés aujourd’hui.

Cette journée est un moment fort, car elle nous rappelle une vérité fondamentale : sans une presse libre, digne et responsable, il ne peut y avoir de démocratie solide. La presse est la voix des sans-voix, le miroir de notre société, le contre-pouvoir qui interpelle, qui questionne, qui éclaire. Elle est aussi la vitrine de notre pays à l’étranger. L’image du Sénégal dans le monde dépend en grande partie de la manière dont nos journalistes racontent notre réalité, nos défis, mais aussi nos réussites.

C’est pourquoi j’en appelle à votre patriotisme. Aimer son pays, ce n’est pas cacher la vérité, mais c’est savoir qu’“on ne dit pas tout, n’importe comment, à n’importe quel prix”. Il y a des informations qui relèvent de l’intérêt général, et d’autres qui ne servent qu’à déstabiliser, à détruire ou à humilier. Le journaliste doit constamment se demander : ce que je publie, sert-il ma communauté, mon pays, ma région, ou bien ne fait-il que nourrir le sensationnel et la division ?

Je veux aussi vous parler de votre dignité professionnelle. Elle est sacrée. Un journaliste ne doit jamais être à vendre. On ne doit jamais publier un article, un reportage ou une enquête moyennant de l’argent. La plume et la caméra ne doivent pas être achetées. Votre indépendance – éditoriale, morale, mais aussi économique – est la condition pour éviter de reprendre des discours, des propagandes ou des pensées qui vont à l’encontre de l’intérêt de notre pays et de notre région.  

Tambacounda, vous le savez mieux que quiconque, est l’une des régions les plus pauvres économiquement du Sénégal. C’est une blessure, mais aussi un appel à l’action. Notre région a besoin d’une presse debout, lucide, courageuse : une presse capable d’écrire sur tous les sujets – l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes, les infrastructures, l’agriculture, l’environnement – uniquement dans l’intérêt de Tambacounda.  

Ne soyez pas la caisse de résonance de tel ou tel politicien. Beaucoup sont prêts, hélas, à toutes formes de mensonges, et comptent sur la presse pour relayer leurs paroles, uniquement afin de satisfaire leurs intérêts personnels. Pendant ce temps, la population reste dans l’ignorance, et notre région continue de souffrir. Votre responsabilité est de refuser ce jeu-là. Vous ne devez rien à un homme politique ; vous devez tout à la vérité et à votre peuple.

Mesdames, Messieurs les journalistes,  

Nous allons très prochainement vers des élections locales. À cette occasion, votre rôle sera absolument capital. Nous attendons de vous une information claire, équilibrée, honnête. La population doit savoir pour qui elle vote, pourquoi elle vote, et quelles sont les conséquences de son choix. Vous êtes journalistes, mais vous êtes aussi des citoyens, des fils et des filles de Tambacounda. Le développement de cette région est votre affaire à vous aussi. En informant vrai, vous contribuez directement à orienter notre destin collectif.

J’aimerais également vous encourager à investir dans votre propre formation. Le monde évolue très vite, les technologies de l’information et de la communication se transforment, les réseaux sociaux bousculent les pratiques. Pour rester crédibles et respectés, il faut constamment se mettre à niveau : apprendre les nouveaux outils de communication, renforcer ses compétences, se spécialiser. Tambacounda a besoin de journalistes formés en journalisme politique, en journalisme culturel, en environnement, en investigation, voire en reportage de guerre ou de crise, car les conflits et les tensions, même lointains, ont des répercussions chez nous. Plus vous serez spécialisés, plus vous valoriserez votre métier et plus vous protégerez votre indépendance.

En ce jour symbolique, je veux vous dire enfin que vous n’êtes pas seuls. À hauteur de mes moyens, je ne ménagerai aucun effort pour vous accompagner : que ce soit pour des formations, pour des projets collectifs, ou pour soutenir des initiatives qui renforcent une presse libre, responsable et patriote à Tambacounda.  

Je compte sur vous, comme vous pouvez compter sur moi.  

Vive la liberté de la presse !  

Vive Tambacounda !  

Vive le Sénégal !

Ousmane DIA, artiste plasticien, gestionnaire et médiateur culturel, professeur d’arts plastiques et visuels, Genève – Suisse